La crise financière rebat les cartes: une chance pour l'Afrique?

La journée mondiale de l’alimentation vient opportunément nous rappeler, en ces temps de crise financière, combien il est difficile de mobiliser les sommes jugées nécessaires par la FAO - 30 milliards de dollars - pour faire face à la crise alimentaire alors qu’on n’hésite pas à engager des centaines de milliards de dollars pour sauver le système financier mondial.

Il n’est maintenant plus douteux que la crise systémique touchera l’Afrique, que ce soit au niveau financier du fait des liens entre les établissements financiers d’Europe et d’Afrique ou au niveau commercial en raison de la chute prévisible des exportations africaines dans un contexte de récession mondiale. On peut s’attendre aussi à un ralentissement des flux de capitaux qui s’investissent en Afrique et de l’aide publique internationale.

L’incidence de ce «tsunami» financier sur les économies africaines est encore difficile à apprécier mais il est sûr que la dépendance économique et financière des pays africains les rend particulièrement vulnérables aux bouleversements qui sont en train de s’opérer et qui doivent conduire à une refondation du système financier. Faute de pouvoir la mesurer on ne peut que s’interroger sur les facteurs externes et internes qui vont la conditionner.

Dans ce bras de fer qui régit la mondialisation, l’Afrique dispose de deux atouts importants. Elle n’est plus exclusivement dépendante des pays européens et, compte tenu de ses ressources, elle a la possibilité de faire valoir, à tous les pays qui s’intéressent à ces dernières, l’intérêt qu’ils ont à poursuivre leurs investissements sur le continent. A un moment où tous les pays prennent conscience de la nécessité de contrôler la spéculation tournée vers les profits à court terme, l’Afrique offre aux capitaux en mal de placement des débouchés qui, s’ils sont sécurisés à long terme, peuvent contribuer à alimenter la croissance de sa productivité.

Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui est déterminant, dans la conjoncture actuelle où le monde va se chercher un nouveau modèle économique, c’est sa capacité à tenir sa place dans la grande négociation qui s’annonce et à faire valoir des choix qui lui assurentà la fois un développement de son marché intérieur et une part croissante et moins vulnérable dans les échanges extérieurs.

Comme pour les autres continents, la crise actuelle est source à la fois de drames et de difficultés à court terme et d’opportunités de rebondissement, au niveau continental comme au niveau de chaque pays, le débat qui s’ouvre débouche sur de nouvelles politiques d’affectation des ressources et de régulation des marchés qui donnent confiance aux investisseurs.

Du point de vue africain, la crise appelle un effort de coopération interafricaine et un renforcement de l’action publique qui peuvent être une chance pour ce continent.

 

La CADE