La CEDEAO s'engage au Mali

La CEDEAO s’engage au Mali Édi torial T rès tôt il est apparu que le drame vécu par les Maliens au nord de leur territoire affectait les pays voisins. Outre les répercussions liées à l'accueil des centaines de milliers de ressortissants maliens qui fuyaient les exactions dont ils étaient les victimes, les pays limitrophes avaient de bonnes raisons de craindre les effets déstabilisants de la présence d'éléments extrémistes et terroristes à proximité de leurs frontières. Ils s'en sont émus, dans le cadre de la CEDEAO, dès qu'ils en ont perçu les risques, peu de temps après la proclamation par le MNLA de l'indépendance de l'Azawad et l'installation de l’AQMI, du MUJAO et d'ANSAR DINE dans cette région.

Dans un premier temps, la CEDEAO a montré sa solidarité avec le Mali et fait part de sa disponibilité à lui venir en aide pour retrouver sa souveraineté sur l'intégralité de son territoire. Cette ouverture n'a pas trouvé d'écho auprès des autorités maliennes qui ne voyaient pas d'un bon oeil l'ingérence de l'organisation régionale dans leurs affaires intérieures. Les auteurs du putsch, en embuscade, ne voulaient pas perdre la main à la faveur d'une intervention de la CEDEAO.

Il y a 2 mois, alors que la mouvance islamiste - AQMI, MUJAO et ANSAR DINE - faisait régner au Nord la terreur au nom de la Charia, les autorités maliennes, après bien des tergiversations, se résolvaient à faire appel à la CEDEAO pour leur venir en aide. Il restait alors à se mettre d'accord sur la nature et les conditions de ce soutien.

Il est significatif que la CEDEAO n'ait pas donné de suite militaire immédiate à cet appel. Elle avait certes besoin de s'organiser pour mettre sur pied une force militaire à la mesure des besoins. Mais elle voulait surtout, compte tenu du contexte international et des réticences de l'Algérie, explorer les possibilités de négociation qu'elle privilégiait, préciser les conditions et le contenu d'un mandat qui délimiterait ses responsabilités et aussi pousser les autorités maliennes à sortir d'une situation provisoire et s'engager à tenir des élections pour légitimer le pouvoir.

Sur le plan militaire, la reconquête du Mali septentrional ne sera pas une promenade de santé. Si les villes principales (Gao, Tombouctou, Kidal) vont s’avérer faciles à reprendre, le contrôle du désert sera très difficile. Les réticences de certains trouvent leurs sources dans cette analyse de la situation.

En acceptant de s'impliquer dans la résolution du drame malien, la CEDEAO est animée par quatre motifs. Tout d'abord elle donne corps à la volonté de régler dans un cadre régional les crises que traversent ses pays membres. Elle privilégie en outre la négociation sur l'intervention armée tout en se donnant les moyens de peser sur la première en crédibilisant la seconde. Elle augmente ainsi les chances d'une solution politique durable et aussi d'une dissociation du front commun constitué de l'alliance MNLA et ANSAR DINE d'un côté, AQMI et MUJAO de l'autre.

A ces deux motifs diplomatiques s'ajoutent deux autres d'ordre politique tout aussi importants. Le souci de ménager l'autorité de l'Union Africaine, qui assure la liaison avec les Nations Unies, et surtout d'obtenir le feu vert de ces dernières pour définir en deux temps le cadre et les limites de son intervention. Enfin la détermination à peser sur le régime en place pour organiser des élections et donner ainsi des bases stables et légitimes au gouvernement du Mali.

En agissant avec prudence et la triple préoccupation de ne pas bousculer les étapes, de donner à son intervention un caractère consensuel au niveau international et de pousser le régime transitoire malien à rétablir une légitimité démocratique, la CEDEAO fait la preuve de sa maturité et accrédite la volonté de l'Afrique de prendre en main son destin dans toutes les circonstances.■

La CADE