Quelle porte de sortie pour les dirigeants subsahariens ?

L'Afrique du Nord va-t-elle donner l'exemple à l'Afrique subsaharienne qui ne compte pas moins de plusieurs dictateurs installés au pouvoir depuis de nombreuses décennies ?

De plus en plus de dirigeants africains quittent le pouvoir sans prendre leurs populations en otage, comme au Mali, au Botswana, en Afrique du Sud ou au Ghana. Des figures comme Toumani Touré, Jerry Rawlings, Abdou Diouf, Alpha Omar Konaré, etc. montrent la voie des alternances apaisées. Est-ce trop demander aux « satrapes » que d'éviter la nomination de leur progéniture comme seule forme d'alternance possible ?

Pour quitter le pouvoir, nombreux sont les « satrapes » qui briguent l'amnistie, une retraite dorée et paisible en Afrique ou ailleurs. Ils en sont dissuadés, de manière musclée, par tous ceux qu'ils ont amenés avec eux dans la « mangeoire » nationale, mais aussi par la peur d'un procès populaire et expéditif. Certains « vieux » ne méritent-ils pas un repos mérité au regard de l'Histoire et de l'exemplarité d'un Nelson Mandela en Afrique du Sud ? Le pardon et la réconciliation sont-ils possibles sans violence en Côte d'lvoire, au Kenya ou au Nigeria ?

On s'interroge, eu égard a ce qui se passe dans les lieux où des prolongations de régimes illégitimes s'instituent par un tripatouillage constitutionnel sur les chances d'alternance politique en dehors du recours à la violence. L'exemple du Niger avec le forcing du Président Tandja et le coup de force subséquent des militaires pour rétablir l'ordre démocratique illustrent parfaitement la pertinence de la violence comme modalité politique légitime.

C'est dans ce contexte qu'il convient d'évoquer le cas très emblématique du Burkina Faso qui permet de changer la perception qu'un observateur pourrait avoir du pouvoir politique dans une Afrique en crise. Ce pays où l'arrivée au pouvoir de son Président a été tout sauf démocratique, où l'exercice du pouvoir, peu démocratique, a néanmoins été salué comme favorable à des progrès économiques et à des avancées de la société civile. Cela a pour contrepartie une montée de l'opposition qui revendique le pouvoir. L'usure du pouvoir se fait sentir : ne serait-il pas temps de passer la main si l'on veut éviter une fin de mandat dramatique ? Ne se pose-t-il pas le problème de la nécessité d'un cadre constitutionnel de limitation du nombre des mandats ? Son principe parait incontournable et pourrait être garanti, notamment par l'Union Africaine, pour qu’elle soit véritablement intangible.

En Côte d'Ivoire, un Président perdant a tenu tête à la communauté internationale, les armes à la main. Là aussi, c'est la violence légitime qui a permis de rétablir le verdict des urnes. Est-il possible de juger de manière sereine, avec l'assentiment de ses partisans (48 % des électeurs) et de ses affidés, les « crimes » d'un régime déchu ?

Comment monter des procédures de réconciliation après les affrontements et les guerres civiles ? L'exemple des commissions « vérité et réconciliation » en Afrique du Sud sous l'égide des politiques et des religieux peut-il faire école ailleurs ? Les errements du tribunal international d'Arusha, les juridictions populaires rwandaises connues sous le nom de « gacaça » peuvent-elles servir de modèle de référence ? Paul Kagamé ne s'est-il pas rendu justice en RDC causant directement ou indirectement plusieurs millions de morts ? Il faut constater que l'on a trop souvent eu affaire à des formes de justice des vainqueurs. Pour un Charles Taylor en procès à La Haye, combien d'Hissène Habré en liberté ?

L'amnésie ne saurait servir de solde de tous comptes. On sait les dégâts qu'ont causés les aveux ou une repentance mal gérée. L'Afrique ne peut-elle inventer pour elle et le reste du monde des formes de sortie du pouvoir autres que violentes ? C'est une nécessité qui se fait impérieuse.

Il fut un temps où Foccart régentait avec des moyens conséquents les changements de régime en Afrique. Cette période est maintenant révolue. Il est temps de réinventer une forme de sagesse africaine imposant une sortie légitime du pouvoir aux « satrapes » par des moyens pacifiques et démocratiques. Et tant pis si les paradis fiscaux sont de moins en moins des paradis et si le métier de « satrape » se gâte avec le temps. Les peuples ont envie d'écrire, eux aussi, l'histoire.

Jean-Loïc Baudet, Georges Courade et Henri Senghor