Cri d'alarme sur la question foncière

La presse s'est faite récemment l'écho d'une flambée de violence à Jos, ville nigériane aux confins du Nord à majorité musulmane et du Sud à majorité chrétienne. Si les massacres auxquels elle a donné lieu ont souvent été présentés comme le résultat de conflits religieux, ses causes profondes sont tout autres. Elles renvoient à une vieille opposition entre les bergers nomades Fulani et les agriculteurs sédentaires Berom en rivalité de plus en plus aiguë, au fur et à mesure que la pression sur la terre augmente, pour le contrôle et l'exploitation des terres. Sur ces rivalités ancestrales se greffent des tensions religieuses qui les instrumentalisent pour faire triompher les droits des uns ou des autres et asseoir le pouvoir de l'une ou l'autre partie.

Ces événements tragiques mettent au premier plan de l'actualité la question foncière dont on a déjà vu à quel point elle détermine, récemment encore de façon dramatique au Kenya et en Côte d'Ivoire, en Ethiopie et Afrique du Sud, les luttes politiques pour le pouvoir. Le droit foncier en Afrique est encore largement traditionnel. Il ne sécurise ni les particuliers ni les communautés de base et ne favorise en rien la mise en valeur des terres.

C'est dans cette situation de précarité que l'ONU s'alarme des transactions sur les terres engagées par des grands groupes privés et des Etats extérieurs à l’Afrique, soit à des fins spéculatives pour des capitaux en quête de placement sûr, soit à des fins productives pour des pays qui manquent de terres et cherchent à prendre le contrôle de terres affectées à des productions alimentaires ou d'agro-carburants.

Certains s'en inquiètent, d'autres s'en réjouissent, en invoquant les incidences positives que cela peut avoir sur la production agricole locale. En Afrique, où le régime foncier se prête à des opérations souvent de très grande envergure, on est en droit de s'alarmer, comme le fait l'ONU, sur les conditions opaques dans lesquelles se font ces transactions et sur la protection des droits des paysans. On sait, en outre, combien la sécurité alimentaire dépend étroitement de la souveraineté alimentaire au niveau des Etats et des exploitations familiales au niveau de la production agricole.

Devant l'importance grandissante que prend ce phénomène, on peut légitimement s'interroger sur son opportunité, ses coûts et avantages, souhaiter une plus grande transparence et participation des intéressés - les organisations professionnelles agricoles - à la négociation et envisager d'aider à mettre en place des instruments de régulation de ces pratiques à haut risque. Pour les rendre équitables, il est souhaitable qu'un code de conduite international permette d'éviter les excès auxquels elles donnent lieu actuellement, surtout en Afrique. Il en va de la qualité des sols et du respect de l'environnement, mais plus encore des conditions d'existence d'un tissu d'exploitations familiales aussi essentiel à la sécurité alimentaire qu'à l'équilibre des sociétés africaines en pleine mutation.■

La Cade