L'armée, acteur de régulation politique ?

On sait quelle est la sensibilité des chefs d'Etat à l'égard de l'armée et combien ils se montrent soucieux non seulement de la ménager en toutes circonstances mais également, en lui réservant un traitement de choix parmi les différents corps de l'Etat, de s'assurer de sa fidélité et de son soutien.

Le « printemps arabe » a mis en lumière son rôle déterminant dans le sort des insurrections populaires. En Tunisie et en Egypte, elle n'a pas soutenu les chefs d'Etat en place et, de la sorte, a favorisé leur renversement. En Libye, elle a fini par contre-attaquer ceux qui contestent le pouvoir de Mouammar Kadhafi.

L'actualité de ce mois nous offre, en Afrique sub-saharienne, le cas original du comportement de l'armée nigérienne. Souvenons-nous qu'en Février 2010 celle-ci avait renversé le Président Tandja qui, au terme de ses deux mandats et alors qu'il ne pouvait plus se représenter, Constitution oblige, avait décidé de se maintenir au pouvoir trois ans de plus. La junte au pouvoir après ce coup d'Etat bien accueilli par la population s'est engagée à remettre le pouvoir aux civils, une fois le pays pacifié et la Constitution amendée. C’est ce qu'elle a fait en organisant d'abord des élections législatives, puis des élections présidentielles que le leader historique de l'opposition, Mahamadou Issouffou, a gagné dans la transparence.

L'armée nigérienne, en cette circonstance, n’a cédé ni à la tentation de garder le pouvoir, ni à celle de solliciter le suffrage universel en faveur d'un des putschistes. C’est d'autant plus remarquable que, dans l'histoire politique du Niger, l’armée a procédé, précédemment, trois fois à un coup d'Etat et qu'en dehors de celui conduit par le Commandant Wanké qui a assassiné le Président Baré et dont la faible durée s'explique par les conditions mêmes dans lesquelles il a été réalisé, les militaires s'étaient installés à la tête de l'Etat en arguant des divisions et dérives des forces politiques en présence, et de l'impuissance des dirigeants civils en place.

Si l'on s'interroge sur le dernier putsch et les raisons qui ont poussé l'armée, d'abord à intervenir, et ensuite à passer la main dans un délai rapide, on peut mettre en avant trois caractéristiques de l'armée nigérienne qu'on retrouve à des degrés divers dans les autres armées des pays sub-sahariens.

D'abord un esprit de corps d'autant plus fort que l'armée se sait le principal et plus influent corps de l'Etat et qu'elle est consciente à ce titre de sa responsabilité dans la bonne marche du pays.
Ensuite une détermination à préserver l'unité du pays dont elle se veut la garante contre les tendances à l'éclatement.

Enfin une certaine méfiance à l'égard des pouvoirs civils dont les dérives et les divisions entachent l'honneur du pays et minent ses chances de préserver la paix et le développement.

C'est ce dernier trait de sa conduite qui prête à controverse. A partir de quel seuil la Patrie est-elle en danger et les dérives du pouvoir en place mettent-ils en péril la paix? Quelle est la légitimité de l'armée pour intervenir? En fonction de quelle vision de la société? Quelle place donne-t-elle aux représentants de la société civile dans la conduite des affaires? L'armée nigérienne, pour sa part, vient de jouer un rôle historique en mettant fin à un abus de pouvoir, avec un fort soutien populaire, et en passant la main à un Président démocratiquement élu. C’est, à notre avis, un exemple à méditer.

La CADE