Cinquante ans de construction de l'Union Africaine:

Le 21e Sommet des Chefs d'Etat africains qui s'est tenu à Addis-Abeba fin Mai a célébré le cinquantième anniversaire de l'Union Africaine. C'est l'occasion de mesurer le chemin parcouru et de s'interroger sur le fonctionnement de l'organisation panafricaine.

Fondée en 1963 par 32 chefs d'Etat africains, à l'initiative et sous l'impulsion de l'empereur d'Ethiopie, dans un climat de foisonnement d'idées et de vaines tentatives de rapprochement entre pays ayant accédé depuis peu à l'indépendance, l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) a mis près de 40 ans pour sortir de son état premier de club de chefs d'Etat et refonder sa légitimité dans le cadre de l'Union Africaine (UA). En la dotant d'institutions et de pouvoirs nouveaux en rapport avec les changements de la donne africaine, les dirigeants africains ont exprimé leur détermination à conforter l'unité africaine.

L'OUA est née d'une volonté partagée de chefs d'Etat soucieux d'affirmer leur appartenance commune à l'Afrique et de coopérer à la construction de l'unité africaine. Elle répondait au besoin de ses initiateurs de se concerter et de mettre en oeuvre leur solidarité dans un contexte respectant la souveraineté des Etats, la noningérence dans leurs affaires intérieures et le tracé des frontières existantes. Elle a fonctionné dans cet esprit sans avoir l'ambition ni les moyens d'intervenir dans la vie et les relations de ses Etats-membres. C'est de cette impuissance qu'est née l'Union Africaine à Durban en 2002.

La création de l'Union Africaine a reposé sur deux considérations principales :

  • le développement ne peut se réaliser, quelles que soient les formes de mobilisation auxquelles il doit donner lieu, dans un climat conflictuel et sans que soient maitrisées les tensions inévitables et stabilisée la situation politique des pays-membres.
  • à l'heure de la mondialisation, l'Afrique a tout intérêt à construire son développement au plan continental et à tenir sa place sur la scène internationale, en s'exprimant d'une seule voix, pour peser sur la marche du monde.

Pour gagner en efficacité et se donner les moyens de construire progressivement l'unité africaine, il a été décidé non seulement de réformer les institutions dans un esprit démocratique d'exercice en commun de domaines de souveraineté, tels que la sécurité et la paix, mais également de fonder l'intégration africaine sur la construction d'entités économiques régionales.

Ainsi renforcée, l'Union Africaine reste confrontée sur les plans économique et politique à des défis nombreux et complexes dont les uns mettent en cause ses capacités d'action, les autres opposent ses pouvoirs et ceux des Etats-membres. A l'image de ce qui agite actuellement l'Union Européenne, l'Union Africaine doit mobiliser ses 54 Etats d'importance et de culture très différents pour faire prévaloir l'intérêt commun et animer les chantiers sur lesquels se joue l'avenir du continent.

Les faiblesses de l'Union Africaine au regard des défis à relever sont bien connues : une solidarité insuffisante entre les Etats et les populations, les limites des moyens d'action humains, financiers et militaires qui la rendent dépendante de l'extérieur, une très faible implication de la société civile dans son fonctionnement et les rivalités entre les puissances dominantes en son sein qui peuvent aller jusqu'à paralyser son action.

Sous l'autorité de la nouvelle Présidente de sa Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, qui peut compter sur le soutien de son pays d'origine, l'Afrique du Sud, l'Union Africaine est appelée à prendre en main le règlement des désordres politiques et militaires qui menacent sa crédibilité et à promouvoir le développement du continent à partir des travaux et des recommandations du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD).

La CADE