Présence du cinéma africain

Treize ans après la sélection officielle du film du Burkinabé Idrissa Ouedraogo « Kini et Adams » au Festival de Cannes, l'Afrique a les honneurs de cette distinction avec le film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun « Un homme qui crie ». Pour son quatrième film, ce réalisateur s'inscrit dans la lignée de ses confrères africains en mettant en scène, sur fond du drame tchadien et d'un conflit interminable, le cas de conscience d'un homme que les circonstances amènent à prendre une décision déchirante à l'égard de son fils.

Si cette sélection marque une reconnaissance publique de la qualité d'une oeuvre profondément ancrée dans la culture africaine - le prix du jury du Festival la consacre -, elle ne doit pas masquer la vitalité de la création cinématographique africaine. Malgré l'insignifiance du soutien des gouvernements et en dépit de la très grande faiblesse de la distribution des films en Afrique - il n'existe plus qu'une salle de cinéma au Tchad - les réalisateurs africains ne se découragent pas et jouent la carte des Festivals pour se faire connaître et percer sur la scène mondiale. Au niveau africain, le Nigeria se distingue par la profusion de sa production cinématographique dans le cadre de Nollywood.

A Cannes, c’est une trentaine de jeunes réalisateurs qui sont venus présenter leur production. Des signes de la persévérance d'une profession en lutte pour sa reconnaissance et de l'intérêt que suscite cette nouvelle génération, il n'en manque pas, depuis la création de l'unique école de cinéma de l'Afrique de l'Est par l'Éthiopien Abraham Hailé Biru, présent à Cannes, jusqu'à l'engagement de producteurs comme Magali Chirouze, de la société Adalios, en faveur d'un jeune cinéaste nigérien, en passant par les invitations lancées par les responsables de Festivals sous l'impulsion d'organismes comme Culturesfrance, sans oublier le Fespaco au Burkina Faso. A signaler tout particulièrement le programme de l'association Ardèche Images, Africadoc, pour le développement du documentaire africain, et sa collection de films Lumière d'Afrique, active aussi bien pour former des cinéastes que pour faciliter l'accès de leurs oeuvres à des Festivals.

A l'heure où la production littéraire d'origine africaine, désormais en honneur sous nos latitudes, cherche à gagner en audience en Afrique, il est remarquable de constater l'intérêt que lui porte le monde africain du cinéma. Le producteur congolais Djo Tunda Wa Munga ne veut-il pas adapter à l'écran six oeuvres de littérature contemporaine africaine. Dans cette conjonction de la création littéraire et de la création cinématographique, n’y a-t-il pas une nouvelle chance de faire voir et entendre plus largement l'originalité et l'universalité de la culture africaine?■

La Cade