L'Afrique et les Droits de l'Homme, hier et aujourd'hui

Au moment où la diplomatie occidentale se veut au service des Droits de l’Homme et où fait rage une controverse sur l’universalité de ceux-ci, si ce n’est dans son principe du moins dans son application, des chercheurs interrogent l’histoire pour mettre à jour, dans les courants de pensée comme dans les faits, les sources où s’alimente le corpus des Droits de l’Homme.

Dans ce concours de recherches, l’Afrique n’est pas absente et c’est tout le mérite de monsieur Youssouf Tata Cissé, homme d’enseignement et de recherche, à la fois sociologue et ethnologue, de s’être battu depuis plus de 40 ans pour faire connaître et enraciner la Charte du Mandé, proclamée en 1222 par Soundjata Keita, fondateur de l’Empire du Mali et dont l’origine est liée à la Confrérie des Chasseurs, société initiatique d’hommes qui se disent symboliquement « Enfants de Sanéné et Kontron »*.

Que dit cette charte ?

Trois choses essentielles :

 d’abord, et c’est le préambule, « le Mandé fut fondé sur l’entente et la concorde, l’amour, la liberté et la fraternité », ce qui exclut toute discrimination ethnique ou raciale. Nous ne pouvons, en France, que nous sentir en affinité avec ces valeurs qui fondent notre République.

 ensuite « toute vie humaine est une vie » et mérite respect et dignité. Cela appelle vigilance et priorité à l’épanouissement de la vie dans tous les aspects.

 enfin une mobilisation sans faille contre les fléaux sociaux que sont la faim et l’esclavage qui dégradent l’image de l’Homme. Il a fallu attendre six siècles pour abolir l’esclavage et la faim reste plus que jamais une plaie de l’humanité.

La Charte du Mandé énonce les trois choses dont doit vivre l’esprit humain :

« voir ce qu’il a envie de voir,
dire ce qu’il a envie de dire
et
faire ce qu’il a envie de faire » 

Comment ne pas voir, dans les enseignements de cette adresse « aux oreilles du monde tout entier » qu’est la Charte du Mandé, certains des principes fondateurs de la déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948 ? Il est très éclairant également de faire un parallèle avec la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples adoptée par l’OUA en juin 1981.

Mais, au-delà du texte de la Charte du Mandé, ce qui est remarquable c’est la perpétuation de ses valeurs par la Confrérie des Chasseurs, société d’initiation encore très présente dans les milieux ruraux du Mali et des pays voisins, qui met en application les préceptes de la Charte dans la vie de tous les jours, après s’être illustrée de 1212 à 1222 dans l’éradication de l’esclavage en pays mandingue.

Avec la mondialisation, d’aucuns appellent les Africains à tirer le meilleur parti de leurs ressources humaines et naturelles. Qui donc met en valeur ce qui est un objet de fierté pour l’Afrique, sa contribution propre aux droits de l’Homme ? ■

La Cade

* cf le 4ème alinéa de la première intervention du débat.