La CADE et la lutte contre les discriminations

La CADE a été créée en 1996 pour élaborer et diffuser « un autre regard sur l’Afrique » et réagir contre la vague d’afropessimisme qui avait envahi les médias. Un travail conséquent a été réalisé dans ce sens à Paris et en province et se diffuse depuis peu dans l’enseignement secondaire.

Alors que nous constations la possibilité d’un autre regard sur l’Afrique, nous découvrions les effets négatifs de l’afropessimisme sur les Africains présents en France et sur ceux avec lesquels ils sont en contact. Les premiers souffrent dans leur identité et dans le regard des autres de l’image dévalorisée de leur continent qui a cours dans la communauté nationale.

A notre sens, ce sont les représentations réciproques des Français et des résidents reliés culturellement au continent subsaharien qui produisent les comportements discriminatoires. Intellectuels médiatiques et politiques ont conforté une masse de jugements dépréciatifs sur le continent subsaharien permettant de stigmatiser les « Noirs ».

L’afropessimisme se trouve être à l’arrière-plan de l’exclusion et justifie des pratiques discriminatoires dont souffrent les Noirs en France. Faire ce constat n’est pas simple au pays des Droits de l’Homme, car la République ne connaît que des citoyens égaux en droit alors que nos institutions par le biais de leurs agents sont souvent imprégnées de préjugés qui ne leur permettent pas de prendre en charge les marques visibles des différences. A l’universalité abstraite des droits proclamés se substituent alors parfois des pratiques opposées, souvent invisibles socialement.

Réagir contre les préjugés et les représentations implicites ou inconscientes nous permettra de donner à nos fondamentaux républicains la force de l’évidence et du droit. Par exemple, la situation des femmes dans les sociétés subsahariennes est montrée du doigt alors qu’elle est bien plus variée que l’image que l’on en donne en France, même si leur sort et leur statut nous révoltent. Le maintien de l’excision ou de la polygamie dans la société interpelle la République qui a légiféré et mobilisé ses travailleurs sociaux et sanitaires contre les plus transgressives des « coutumes » au regard de notre façon de voir. Il est vrai que les progrès de l’individualisme et de l’éducation qui auraient permis une évolution de la condition féminine se sont heurtés au maintien d’une structure communautaire répondant en interne à la marginalisation, aux politiques publiques et à la discrimination.

La démarche de la Cade se situe dans ce domaine en amont de ce qui se fait ailleurs. Ni dénonciatrice ni culpabilisante, elle s’adresse à l’intelligence et à la réflexion de ses interlocuteurs, médiateurs et formateurs, en leur faisant prendre conscience qu’ils baignent dans une idéologie catastrophiste et essentialiste qui ne correspond pas à la réalité et qui produit peurs et préjugés débouchant sur des pratiques discriminantes.

Aussi, la présentation de la réalité africaine dans toute sa complexité et sa diversité, dans sa capacité à innover et à changer devrait conduire Français « blancs et noirs » sur le territoire national à mieux se comprendre pour vivre et travailler ensemble. Voilà notre conviction.

La Cade