Rio+20 : entre déception et espoir

Ce 5ème Sommet de la Terre, appelé communément Rio+20, a laissé sur leur faim bien des officiels, représentants de la société civile et commentateurs. Si le virage du développement durable a été pris de manière consensuelle, sur les deux thèmes qui figuraient à l’ordre du jour, à savoir l'économie verte, dans le contexte du développement durable et de l'élimination de la pauvreté, et le cadre institutionnel du développement durable, les résultats se mesurent plus en termes d'engagements de procédure qu'en celui de décisions d'action.

Les pays africains s'étaient bien préparés, dans le cadre de l'Union Africaine, à définir leur position et à la défendre. Dans une déclaration commune dans laquelle le NEPAD, dont la compétence en matière de développement durable est affirmée, a joué un rôle déterminant, ils s'étaient prononcés pour le renforcement du cadre institutionnel en souhaitant la création d'une Agence du développement durable des Nations Unies, plus à même de traiter d'égale à égale avec l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) que le Programme des Nations Unies pour l'Environnement. Lors de la Conférence de Rio, ils se sont exprimés d'une seule voix, en confiant le soin de le faire au président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso.

La stratégie africaine reposait sur une combinaison d'actions inspirées des priorités, d’une part du contexte africain des menaces sur le développement durable et d’autre part de l'élimination de la pauvreté dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Aux trois piliers, économique, social et environnemental, de la stratégie correspondaient, dans la conception de l'Union Africaine, trois principes d'action à mettre en oeuvre : le renforcement des capacités, l'accès aux technologies spécifiques du développement durable et l'appel au soutien financier de la Communauté internationale.

De tous les continents, l'Afrique est sans doute celui qui est le plus exposé aux risques d'ordre interne et externe liés au modèle de développement actuel, tout en étant le moins à même d'y faire face, et celui qui a le plus de mal à se faire entendre dans une conjoncture de crise où les considérations de court terme l'emportent sur celles de long terme. Elle a tout à gagner au changement des modes de production et de consommation, notamment en matière de sécurité alimentaire et de préservation des ressources naturelles. Mais elle sait que son poids est insuffisant pour faire bouger les lignes : en défendant, avec le soutien de la France et de l'Union Européenne, la création d'une Agence des Nations Unies du développement durable, elle a voulu, sans autre résultat qu'un renvoi à l'Assemblée Générale des Nations Unies du soin de définir le mandat d'un Forum intergouvernemental de haut niveau, se donner les moyens de peser sur la gouvernance mondiale du développement durable.

Après le moment des déceptions d'un Sommet, boudé par les plus hautes autorités des Etats-Unis, d'Allemagne et du Royaume-Uni, le temps est venu de faire le point sur les progrès accomplis dans la mise en oeuvre du développement durable. On peut se féliciter d'une prise de conscience générale de ce que l'économie verte suppose la mobilisation de tous les acteurs publics et privés engagés dans la production, mais aussi des scientifiques et porteurs d'innovation. Autre progrès remarquable de nature à influencer les politiques au Nord comme au Sud : la procédure de saisie de l'Assemblée Générale des Nations Unies visant à établir des Objectifs du Développement Durable. Il faudra encore beaucoup de négociations pour que « l'avenir que nous voulons », titre du communiqué final de la Conférence, prenne forme. Espérons que le Sommet de Rio qualifié par la présidente du Brésil, Dilma Roussef, de point de départ, marquera le commencement de l'ère de l'économie verte.■

La CADE