Démocratie des gouvernants ou des souverainetés populaires ?

2012 se présente comme une riche année électorale dans le monde, aux Etats-Unis, en France et dans un certain nombre de pays d’Afrique…

Alors que la plupart des Etats africains ont adopté des systèmes politiques dits représentatifs, on constate encore trop souvent une confiscation des destins collectifs par les gouvernants que ce soit par des modifications constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir ou par des distributions parcellaires et inégalitaires de revenus. Des progrès au niveau du multipartisme et de la liberté de la presse ont été accomplis depuis une vingtaine d’années, certaines élections se sont bien déroulées, par exemple au Ghana. Mais il reste encore un long chemin à parcourir pour concilier élections et démocratie.

Les populations fragilisées par l’extrême pauvreté sont la proie des politiciens qui recourent à des pressions, alimentaires, médiatiques, religieuses. A quelle sorte d’hommes d’Etat a-t-on affaire lorsqu’ils faussent le résultat des urnes par la distribution généreuse de cadeaux et de billets de banque pour l’achat des voix ? Un proverbe qui n’est pas qu’africain dit « Ventre affamé n’a pas d’oreilles ».

Dans un contexte où l’analphabétisme, conséquence du manque de moyens consacrés à l’éducation, est encore trop répandu, les hommes politiques ont la facilité de formuler des promesses ou des affirmations qui ne sont pas écrites et qu’il est difficile de contrôler ou de réfuter par la suite. Les classes moyennes, bien qu’averties, ne sont pas maîtresses de leur souveraineté.

Alors que dans la plupart des sociétés africaines, la culture politique est celle du consensus, la règle de la victoire de la majorité, qui est celle des démocraties occidentales, crée des gagnants et des perdants. Perdre est alors perçu par les dirigeants en place comme une humiliation et gagner signifie que le sort du peuple, qu’il le veuille ou non, est entre les mains de quelques « gros bonnets » qui ont tout pouvoir de décider pour les autres. Le risque au niveau des jeunes et du peuple en général est d’en arriver à un tel dégoût de la politique qu’il conduise à la passivité, ou au pire à la violence. Que dire aussi du poids résiduel des anciennes puissances coloniales et d’autres interventions externes, notamment lorsqu’elles financent officiellement une partie du budget des élections ou garantissent aux gouvernants politiques une part de prédation des richesses naturelles qu’elles exploitent ?

C’est pourquoi des voix indignées s’élèvent de plus en plus dans la société civile pour tenter de changer la politique afin qu’elle s’exerce au bénéfice du pays tout entier et non au profit d’intérêts particuliers. D’ailleurs l’on constate que les citoyens, la jeunesse, les entrepreneurs, sont largement plus dynamiques et ingénieux que les classes politiques.

Mais la question n’est pas de se demander si le système électoral actuellement pratiqué est apte à satisfaire l’aspiration démocratique des peuples, mais de voir comment faire pour qu’il le soit.

La première réponse est le militantisme à l’exemple de pays comme le Brésil ou de l’Inde où des gens « se bougent » dans des luttes spontanées. La presse, les partis politiques, les syndicats et les associations ont besoin de militants, car sans eux, il n’y a pas de démocratie. Au Sénégal les mouvements populaires ont réussi à faire reculer le président Wade qui voulait présenter son fils ou même changer la Constitution ! La grève des pieds au Cameroun, le syndicat COSATU (Congress of South African Trade Unions) en Afrique du Sud pour imposer la lutte contre le sida, les oppositions aux constructions de barrages au Nigeria, la grève au Burkina sont des manifestations qui, même spontanées et insuffisamment structurées, font avancer la construction de la démocratie.

La seconde réponse, plus institutionnelle, est de mettre en place et d’assurer le bon fonctionnement de commissions électorales indépendantes reflétant tous les courants politiques, opposition comprise, et le respect de la transparence dans l’établissement des listes électorales, les opérations de vote et le dépouillement des bulletins provenant des urnes électorales, au bénéfice du pays tout entier et non pour des intérêts particuliers.

La politique est l’art de régler les conflits pacifiquement ; il n’y a pas de solution miracle, le militantisme est nécessaire, il construit la démocratie progressivement. Et il constitue, en définitive, la seule alternative à la violence.

Niamoye Diarra et Roland Portella