L'indépendance du Sud-Soudan et après?

Second pays africain à remettre en cause le tracé des frontières héritées de la colonisation après l'Ethiopie qui, au terme d'un référendum du même type, a concédé l'indépendance à l'Erythrée en 1993, le Soudan s'est séparé de sa partie Sud. Celle-ci s'est prononcée pour son indépendance lors du référendum du 9 au 15 Janvier où sa population très mobilisée a fait ce choix à une large majorité. C'est l'heureux aboutissement de l'accord de paix globale de 2005 souhaité par les Nations Unies, qui prévoyait l'organisation de cette consultation populaire et dont l'effet vient à échéance en Juillet 2011.

Les résultats de ce référendum sont sans vraie surprise tant le Sud de ce pays, le plus grand de l'Afrique, vivait depuis l'indépendance du Soudan en 1956, voire même du temps du condominium anglo-égyptien, en marge de la vie nationale. Dominé par le Nord et délaissé par le pouvoir central, le Sud-Soudan a connu au cours des 55 dernières années deux guerres civiles - et 2,5 millions de morts - de 1955 à 1972 et de 1983 à 2005, entrecoupées de périodes d'autonomie qui n'ont pas apaisé les tensions avec le Nord. Cette indépendance répond au besoin de paix ressenti par les populations du Sud.

Le Sud-Soudan se présente comme un espace peu peuplé - 8,5 millions d'habitants pour une superficie de 10 % supérieure à la France - et dont la population se distingue de celle du Nord par ses origines, sa culture et sa religion. La revendication de sécession s'est fondée à la fois sur des considérations politiques liées à une profonde frustration à l'égard du Nord et sur la prise de conscience d'un sous-développement par rapport au Nord dont seule l'indépendance peut l'aider à s'en sortir.

Le contexte dans lequel se place cet événement fondateur est à haut risque. Sur le plan intérieur, il reste à régler bon nombre de questions délicates : tracé des frontières, en particulier pour la région d'Abyei riche en pétrole, à l'heure actuelle engagée dans un conflit meurtrier et où un référendum sur son rattachement au Sud doit encore être organisé, mais encore le partage de la principale ressource du pays (le Soudan est le troisième producteur de pétrole africain avec 500.000 barils de pétrole par jour dont 80 % proviennent du Sud), le statut de la monnaie et le partage de la dette, la coexistence au Sud et au Nord de populations maintenant de statuts différents …

Au plan international, le poids des grandes puissances fait peser sur l'avenir des nouvelles entités la menace d'une tension déjà perceptible entre les Etats-Unis très engagés dans la reconnaissance de l'indépendance du Sud comme dans le soutien au Nord au titre de la lutte contre le terrorisme et la Chine, principal acheteur du pétrole soudanais évacué par le port de Port-Soudan au Nord.

Enfin, on ne saurait passer sous silence la situation du Darfour qui a attiré depuis 10 ans l'attention internationale sur la précarité qui y règne et qui reste une zone potentiellement explosive tant l'équilibre est fragile et le sort futur incertain. Le cas de cette région pose également le problème aigu de la coexistence d'agriculteurs sédentaires et d'éleveurs nomades au Nord comme au Sud.

L'accès à l'indépendance du Sud-Soudan dans ces conditions est-il de nature à mettre fin aux multiples tensions entre les deux parties du Soudan ? Le tracé des frontières, le partage du pétrole, le sort des populations déplacées doivent encore être réglés : ils sont autant de facteurs de contentieux durables entre ces deux nouveaux pays déjà en proie à des divisions internes.

Il faudra beaucoup de courage, de doigté et de sens politique au Chef du nouvel Etat, Salim Klir, élu en Avril 2010 à une très forte majorité, et à son administration peu expérimentée pour négocier avec son partenaire du Nord les conditions d'une coexistence pacifique et construire avec la société civile un avenir de paix et de prospérité pour un peuple non dépourvu de richesses potentielles mais handicapé à bien des égards - 90 % de la population est analphabète - sans se laisser déborder et vassaliser par les grandes puissances. Il n'en faudra pas moins aux autorités du Nord pour surmonter le choc de la sécession sans entraver l'indépendance du Sud et sans radicaliser leur pouvoir. Si les relations entre les deux nouveaux Etats venaient à s'envenimer, ce n’est pas seulement ces deux entités qui poseraient problème localement, c’est tout l’équilibre entre le Nord de l’Afrique et l’Afrique sub-saharienne qui en souffrirait …

La CADE