Une nouvelle impulsion pour le festival "Etonnants Voyageurs"

Pour la première fois le festival « Etonnants Voyageurs » créé en 1990 par Michel Le Bris pour « dire l'urgence d'une littérature aventureuse, voyageuse, ouverte sur le monde, soucieuse de le dire » s'est tenu à Brazzaville après huit éditions à Bamako, en terre malienne. Co-dirigé par son fondateur et Alain Mabanckou qui tenait à accueillir au Congo, dans la capitale de son pays natal, l'un des lieux historiques des lettres africaines, le festival était placé sous le signe de « L'Afrique qui vient ».

Du 14 au 17 février, le festival a été un moment de fête locale où écrivains, musiciens et cinéastes ont marqué de leur empreinte des échanges nourris avec la population de Brazzaville, qui a ainsi eu l'occasion d'exprimer sa joie et sa fierté d'accueillir cet événement.

Pourquoi avoir choisi ce thème de « L'Afrique qui vient »? Comme s'en sont expliqués les deux codirecteurs, il s'est agi de s'interroger, à un moment où le monde cherche sa voie, au Nord comme au Sud, sur les nouvelles formes et expressions littéraires dans un contexte où le réel évolue plus vite que les mentalités.

Après l'adhésion en avril 2012 à la World Alliance fondée en 1962 pour faire se rencontrer et dialoguer les écrivains du monde entier, le festival « Etonnants Voyageurs » est dorénavant présent dans le concert des 10 plus grands festivals mondiaux de la littérature. Son audience s'est agrandie : venus de 23 pays, 90 invités ont pris part à 120 rencontres, débats et lectures, projections de films africains, qui leur étaient proposés.

Deux générations d'écrivains ont animé ces échanges : ceux de la première génération dont beaucoup ont connu l'exil et qui ont gagné leurs lettres de noblesse auprès des lecteurs de leur pays d'accueil et une nouvelle génération, enfants de la ville, d'Internet et des réseaux sociaux, en communication avec le monde, tout en restant très proches de leurs racines. Les écrivains anglophones du Nigeria et d'Afrique du Sud, représentatifs de cette deuxième génération ont donné à ce festival une dimension nouvelle en revendiquant à la fois une source d'inspiration africaine et une ouverture sur la représentation du monde.

Les Etats Généraux des littératures africaines ont donné lieu à de vifs et nombreux échanges sur des questions aussi diverses que la censure, l'identité, les formes multiples d'expression littéraire, l'existence d'une littérature nationale, la vocation des écrivains à choisir leur sujet dans la sphère publique ou privée.... On notera en particulier l'attirance nouvelle pour le roman policier, illustrée notamment par l'écrivain gabonais Janis Otsiemi, et l'accent mis par l'écrivain nigérian Helon Habila sur la responsabilité de « faire une Histoire qui soit notre Histoire ».

Le problème de l'édition qui relève plus d'un salon du livre que d'un festival a été également évoqué : à la question du rôle qu'est appelée à jouer l'application de l'économie numérique à la diffusion de la production littéraire on peut espérer à terme que des progrès comme la mise au point de la tablette numérique par l'ingénieur congolais, Veron Mankou, soient de nature à desserrer les contraintes qui pèsent sur l'accès du plus grand nombre aux oeuvres littéraires.

Rappelons que vient d'être publiée chez Hoëbeke une anthologie « L'Afrique qui vient » établie par Alain Mabanckou avec des textes de 26 auteurs africains.■

La CADE