L'onde de choc du "printemps arabe"

Après les soulèvements de la rue en Tunisie puis en Egypte dont, une fois la chute des chefs d'Etat acquise, l’issue reste incertaine, journalistes, intellectuels, hommes politiques s'interrogent, les uns avec inquiétude, les autres avec espoir sur leur éventuelle propagation dans les pays dits arabes du Proche et Moyen-Orient et, au-delà, en Afrique sub-saharienne.

Reconnaissons tout d'abord que cette interrogation est légitime. Il existe, ça et là, dans le sous-continent sub-saharien, des tensions, des inégalités et des frustrations d'autant plus mal vécues que, comme en Afrique du Nord, la population y est jeune. Elle a également du mal à s'exprimer publiquement et à faire valoir son aspiration à la dignité dans le cadre de régimes politiques plus portés à maintenir au pouvoir des « élites » qui s'y cramponnent qu'à écouter contestations et revendications populaires.

On a vu en Afrique du Nord combien, face à la détermination de la rue, les pouvoirs en place censés contrôler tous les rouages de la société étaient démunis pour résister à la pression populaire. Il en serait de même, au Sud du Sahara, si se levait un vent de révolte aussi puissant. Les émeutes de la faim en 2008 ont fait la preuve qu'à la faveur d'un fléau comme celui-là, la population, principalement dans sa composante urbaine, était en mesure de se mobiliser et d'ébranler les autorités au pouvoir. Souvenons-nous aussi que les élections donnent lieu bien souvent à des contestations qui mettent à mal la solidité des régimes en place.

Pour autant on peut se demander si l'état de la société est tel que des événements de l'importance de ceux d'Afrique du Nord peuvent se produire en Afrique sub-saharienne. Deux observations à cet égard :

  • Le niveau d’éducation des jeunes Subsahariens encore moins élevé qu’en Afrique du Nord et l’instrumentalisation des identités (ethnicité, etc.) par les pouvoirs en place et leurs alliés extérieurs ne permettent pas de penser à une extension du mouvement.  
  • Le rôle des armées pour garantir une transition démocratique, comme la tentation des satrapes de léguer leur pouvoir à leur descendance comme au Sénégal, pourraient cependant créer les conditions d’une révolution des manguiers ou du palmier.

Propagation de l'onde de choc nord-africaine au Sud du Sahara ? Soyons attentifs, pour en apprécier la probabilité, à deux types d'évolution : celle que vont connaître les nouveaux régimes politiques en voie de constitution au Nord, de qui dépendra l'espoir d'un vrai changement démocratique, et celle des pouvoirs politiques en place au Sud que menacent les craquements d'une société en mouvement et qui seraient bien avisés, s’ils veulent se maintenir en période de crise, de prendre les mesures préventives susceptibles de canaliser les mécontentements en gestation.

Et soyons conscients qu'en tout état de cause et en dernier ressort, c'est aux peuples intéressés, et à eux seuls, de décider de leur destin.

La CADE