La démocratie, à l'épreuve des élections

Comme chaque année, il y aura en 2010 une douzaine d'élections en Afrique. La plus proche, au Togo, a déjà donné lieu à de vives contestations sur son organisation. La plus aléatoire, en Côte d'Ivoire, soulève, de report en report depuis 2005, bien des interrogations sur sa possible tenue.

Redoutées par les pouvoirs en place, attendues avec impatience par des citoyens en mal de changement, les élections sont plus souvent source de problèmes que mode de choix démocratique des personnes appelées à diriger le pays.

On ne reviendra pas ici sur les conditions d'organisation des élections, ni sur celles d'un choix éclairé des élus par les électeurs. Dans le premier cas, elles relèvent plus de la volonté politique des gouvernements que de la capacité administrative des Etats et, de ce point de vue, mettent en cause la responsabilité des dirigeants vis-à-vis de leur peuple, au risque de déclencher violence et conflits, comme on le voit en Côte d'Ivoire. Quant aux enjeux sociaux des campagnes électorales, ils sont souvent relégués au second plan. En Afrique, comme ailleurs, l'essentiel est de se faire élire.

Interrogeons-nous plutôt sur les raisons qui rendent souvent les élections dramatiques : alors qu'elles devraient permettre aux électeurs de choisir leurs représentants dans la sérénité, elles créent des situations de confusion qui laissent aux élus des marges de liberté importantes et donnent le sentiment aux électeurs que tout se joue en dehors d'eux.

Il y a, de fait, une dramaturgie des élections. Entre deux élections, les autorités exercent un pouvoir sans partage, les tensions s'exacerbent au sein de la société et, si l'aggravation des inégalités rend insupportable la pauvreté des plus démunis, les frustrations s'accumulent et les élections sont prises comme leur exutoire naturel. L'émergence d'une société civile organisée contrecarre cette tendance : c'est dans les pays où elle a pris une place importante dans l'animation quotidienne de la vie sociopolitique que les élections se passent le mieux.

Par ailleurs, à l'imitation de leur modèle occidental, les élections donnent lieu fréquemment en Afrique à des affrontements radicaux entre des partis ou mouvements qui, pour mieux se démarquer, poussent à l'extrême des positions et comportements partisans. De telles pratiques heurtent l'esprit de consensus des sociétés africaines et font naître des antagonismes et des fractures qui les fragilisent et risquent de les faire basculer dans la violence.

Dans le meilleur des cas, lorsque des contrepouvoirs apaisent les relations entre les gouvernements et les forces d'opposition, les élections remplissent bien leur fonction et l'alternance peut se produire pacifiquement. Le Ghana en est un bon exemple. S'il existe effectivement des amortisseurs susceptibles de réduire les tensions, les résultats des élections sont respectés et ouvrent la voie à des modes d'action démocratiques. A défaut, les élections aggravent le climat politique au lieu de concourir à la bonne expression de la souveraineté populaire.

Elections, la meilleure ou la pire des choses ? Il dépend des gouvernements et de la société civile de trouver collectivement l'équilibre nécessaire à leur bonne fin.

La Cade