Un tournant dans l'histoire d'Africités

Le 6ème Sommet d'Africités qui vient de se tenir à Dakar du 4 au 8 Décembre a été qualifié de tournant dans son histoire. Créé en 1998 en Abidjan comme une plate-forme de dialogue sur la décentralisation et d'échange sur la gouvernance locale, Africités s'est affirmé pour sa 6ème édition comme un haut-lieu africain de fondation de la démocratie citoyenne et de l'action socio-économique sur des bases locales.

Le choix du thème de ce Sommet invitait à ce positionnement : « Construire l'Afrique à partir de ses territoires : quels défis pour les collectivités locales? ». Les sessions thématiques où les différents acteurs de la vie locale se sont exprimés, les sessions spéciales où les intéressés ont proposé leurs services et les rencontres politiques où les orientations ont été prises, ont mis en lumière la volonté politique de faire émerger une Afrique des peuples au-delà d'une Afrique des Etats.

Les collectivités locales ont manifesté leur détermination à prendre en main leur destin, y compris sur le plan financier, et à mettre en oeuvre des stratégies locales pour améliorer la vie des populations et pour affirmer, à côté de la citoyenneté nationale, une citoyenneté locale et une citoyenneté africaine. L'urbanisation accélérée, la mondialisation envahissante, la démocratisation de proximité sont perçues comme autant de pressions à faire des collectivités territoriales les cellules de base du développement et de la participation citoyenne. Dans les grandes villes, elles auront à relever le défi de faire vivre ensemble les multiples composantes de leur population dans le respect de leur culture et dans la conjugaison de leur dynamisme.

Par ailleurs ce 6ème Sommet a dépassé en ampleur ses prédécesseurs aussi bien pour ce qui est du nombre de participants – 5 000, dont la moitié d'élus locaux africains et de nombreux représentants de la société civile et du secteur privé en plus des ministres de tutelle des collectivités locales et du développement local - qu'en raison de la participation de quelques 500 élus locaux d'autres continents. A noter également la représentation de trois pays émergents (Brésil, Chine et Turquie) et la tenue au cours du Sommet des assises de la « Conférence Africaine de la Décentralisation et du Développement Local » et de « Cités et Gouvernements Locaux Unis ».

Enfin la volonté clairement exprimée de mieux associer les collectivités locales à la gouvernance publique s'est concrétisée par la reconnaissance de la nécessité d'adopter une « Charte africaine de la gouvernance locale » et d'instituer auprès de l'Union Africaine un « Haut Conseil des Autorités Locales », initiatives qui seront soumises aux chefs d'Etat africains. En présence des « partenaires au développement », le voeu a été émis que la coopération décentralisée actuellement négligée ait sa part dans l'affectation des aides internationales.

L'émergence des collectivités locales comme acteurs d'une démocratisation susceptible de renforcer la confiance et d'un développement plus soucieux des conditions de vie des populations ne masque ni l'importance de la souveraineté nationale, ni leur contribution, jugée indispensable, à la construction de l'Afrique. Comme il est dit dans la déclaration finale, le 6ème Sommet invite à « une stratégie nouvelle: partir du territoire local, redéfinir les espaces nationaux et inventer le territoire de l'Afrique ». ■ 

La CADE