"J'y suis, j'y reste" mais comment et combien de temps? Et à quel prix?

L’image a fait le tour du monde ! Le porte-parole de la Commission électorale indépendante qui s’apprêtait à donner les résultats du second tour de l’élection présidentielle de Côte d’Ivoire, s’est vu arracher les feuilles qu’il allait lire par un partisan du candidat qu’il allait déclarer battu. Du jamais vu dans un registre encore trop fréquent en Afrique, celui des candidats battus qui n’acceptent pas les résultats des élections lorsqu’ils ne leur sont pas favorables. Trois jours après, le président du Conseil constitutionnel justifiait ce geste en déclarant invalide le vote de 7 départements du Nord qui avaient majoritairement choisi Ouattara et proclamait élu le président Gbagbo.

La presse internationale n’a pas eu de mots assez durs pour condamner cette confiscation du pouvoir par un président qui reconnaissait avoir été élu de façon calamiteuse en 2000 et qui est parvenu à retarder pendant cinq ans l’échéance électorale. Le scrutin présidentiel a été imposé, organisé, contrôlé et financé par l’ONU, ce qui donne à ses résultats une valeur que n’ont pas ceux qui ont été proclamés par le Conseil constitutionnel ivoirien. Après s’y être résigné et s’y être préparé, le candidat Gbagbo en attendait qu’il le consacre à la présidence.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire vit dans l’attente du dénouement du bras de fer qui met aux prises un homme qui n’a de légitimité que celle du « j’y suis, j’y reste », celle de la loi du plus fort et du fait acquis, et un président qui a pour lui la légitimité électorale et la reconnaissance internationale, mais qui n’a pas encore pu prendre ses fonctions. Que vont faire l’armée, la police, la gendarmerie, la fonction publique, les banques, les acteurs de la vie économique ? Préfèreront-ils le statu quo à l’arrivée d’un homme nouveau ? Cela s’est souvent produit dans un passé pas si éloigné, lorsque les frasques de certains hommes forts africains bénéficiaient d’une tolérance sinon d’une complicité de la communauté internationale au nom du réalisme, et parfois même au nom d’une spécificité africaine.

Mais les temps ont changé. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union européenne, l’Union africaine, la France, les Etats de la CEDEAO ont clairement et fermement condamné ce hold-up électoral, ce coup d’État contre la démocratie. Certains socialistes qui ne veulent pas reconnaître la descente aux enfers de celui qui fut l’un des leurs invoquent le profil international du candidat Ouattara, candidat des bailleurs de fond et du FMI pour lui dénier le droit d’être élu démocratiquement. L’argument ne tient plus, l’unanimité se fait maintenant sur le droit des Africains à la démocratie. Et ils l’ont exercé de façon exemplaire, par une participation très élevée, enviable, de près de 75 %, par un écart de voix important entre les deux candidats, et par un vote qui a dépassé les clivages sociologiques et régionaux traditionnels.

Combien de temps pourra tenir un président, mis au ban de la communauté internationale ? De combien de morts encore se rendra-t-il responsable sans encourir, lui et les siens, d’être poursuivi devant la justice internationale, une justice dont son pays a signé le traité constitutif de la Cour pénale internationale... Telles sont les questions que tout le monde se pose et auxquelles personne n’a de réponse, tant il est nouveau que soient pris au sérieux les résultats d’élections exemplaires.■

La CADE