Editorial 105

A qui l'Afrique de demain?

L’Afrique est redevenue un continent convoité. C’est le constat qui nous semble s’imposer à la fin de cette année 2007.

Comme au bon vieux temps des impérialismes coloniaux ? Pas tout à fait cependant, car à ses richesses minières et agricoles s’ajoutent aujourd’hui ses réserves en pétrole et en gaz. S’y ajoute aussi le marché que ce continent offre aux multinationales de l’industrie, de l’agroalimentaire et des services et qui est sans commune mesure avec celui du siècle précédent : une population qui a été multipliée par sept au cours du siècle dernier, qui va doubler dans les trente prochaines années, qui manque encore de l’essentiel mais qui commence à exiger sa part des fruits de la croissance. Les Africains ont retrouvé un poids et une capacité à négocier qu’ils avaient brutalement perdus après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. L’Europe n’est plus le seul partenaire de l’Afrique qui peut maintenant compter sur la Chine, l’Inde, voire le Japon. Le sommet Union Européenne - Afrique qui vient de se tenir à Lisbonne n’a pas pu évacuer cette nouvelle donne.

D’où quelques grandes interrogations sur ce que sera l’année 2008.

À qui va profiter l’explosion des prix du baril de pétrole et la hausse des matières premières ? Aux actionnaires des multinationales, aux dirigeants des pays producteurs, à leur population ? Les Africains échapperont-ils à la malédiction de l’or noir ? Les accords de Partenariat Économique que l’Union Européenne a proposés aux cinq sous-régions africaines ne vont-ils pas mettre définitivement à bas leurs économies très vulnérables car dans l’impossibilité de résister à la concurrence européenne et ruiner tout espoir d’intégration régionale africaine? Ils auraient dû être signés au 31 décembre 2007 et ils ne l’ont pas été. Notons que certains chefs d’Etat africains, comme récemment le Président du Sénégal, se sont exprimés sur leur refus de signer ces accords. Comment les aménager, ou par quoi les remplacer ?

En fait la vraie question est celle-ci : ce grand retour de l’Afrique et des Africains dans l’actualité, dans l’histoire du vingt et unième siècle, sera-t-il confisqué par des potentats malades du pouvoir, avec la complicité des chantres de la mondialisation, ou sera-t-il pris en charge par les acteurs d’une société civile devenue majeure, c’est-à-dire capable de se faire entendre, de dialoguer et de travailler avec les pouvoirs publics, avec l’État et les collectivités décentralisées, avec les institutions régionales, sous-régionales et internationales? Comment passer des résistances aux alternatives?

Gageons que le développement fulgurant de la téléphonie mobile et le lancement réussi par Arianespace, ce 3 décembre, du premier satellite africain RASCOM I qui doit fournir l’accès des villages africains à Internet et au téléphone, accéléreront les mutations silencieuses qui travaillent l’Afrique et renforceront sa capacité à s’organiser, à se faire entendre et à peser sur son destin. Puissent les Africains ne pas se laisser dessaisir à nouveau de leur continent, être capables de passer des résistances aux alternatives ! Tel est le vœu que je forme pour l’Afrique en ce début d’année 2008.

Bonne et heureuse année !

Michel Levallois,
Président de la CADE