Afrique du Sud : progrès salutaires de la lutte contre le SIDA

Dans aucun pays la pandémie du Sida n'a été aussi dévastatrice qu'en Afrique du Sud. La raison en est bien connue : la trop lente réaction des pouvoirs publics à une maladie considérée comme socialement dégradante et rejetée dans son existence même par le second président sud-africain, Thabo Mbeki.

En l'absence de politique de santé à la mesure de la pandémie, sa progression a été spectaculaire pendant la première décennie du siècle, affectant plus de 11 % de la population sud-africaine. Le quart des séropositifs subsahariens dont les 25 millions d'infectés correspondent à près des trois quarts des malades atteints du SIDA dans le monde, est sudafricain. Dans ce pays vers lequel se tournent les regards de tous les Africains, une telle situation ne pouvait durer.

Plus que le manque d'informations, d'infrastructures, de médicaments bon marché et au-delà des pratiques traditionnelles qui favorisent la propagation de la maladie - mariages forcés ou précoces, polygamie... - c'est l'absence de volonté politique qui, au premier chef, explique l'ampleur prise par la prévalence du SIDA.

C'est avec l'accession à la présidence de Jacob Zuma en 2009 que s’est effectuée la prise de conscience de la responsabilité politique dans la lutte contre le SIDA. Parallèlement aux progrès accomplis dans l'étude socio-médicale du SIDA et aux engagements des ONG dans le traitement de la maladie, le gouvernement sud-africain a lancé en avril 2010 un vaste plan de dépistage qui a touché 13,5 millions de personnes - soit près de 30 % de la population - et un programme de distribution de médicaments antirétroviraux.

Le coût de ces derniers a longtemps été un goulot d'étranglement dans le combat contre le SIDA. Il était de 500 à 900 $ par personne et par an, avant que, suite à un accord obtenu de haute lutte par le gouvernement sud-africain avec trois laboratoires pharmaceutiques, ce coût soit ramené à 90 $ du fait de la mise en vente d'un médicament « trois en un » dans les conditions propres aux génériques.

Les premiers résultats font apparaître une diminution du nombre de décès dus à la maladie, passés de 350 000 en 2005 à 270 000 en 2011, et par l'augmentation de l'espérance de vie passée de 54 à 60 ans sur la même période. Cette évolution présente un triple intérêt. D'abord une amélioration de la santé et des conditions de vie. Ensuite l'atténuation d'une des images dégradantes de l'Afrique en Europe. Enfin, un effet à attendre en Afrique subsaharienne où l'Afrique du Sud est regardée comme un exemple.

Ainsi il y a lieu d'espérer que le SIDA ne sera bientôt plus considéré comme une fatalité africaine et que, compte tenu de l'effet majeur de la lutte chez les jeunes, le dynamisme de la population se trouvera renforcé. Avec une lutte exemplaire contre le SIDA, le leadership sud-africain a une nouvelle occasion de s'exercer.■

La CADE