L’imbroglio de la tragédie malienne

A deux semaines d'intervalle, le Mali a connu deux traumatismes majeurs dans sa vie publique: un putsch justifié par ses auteurs par l'insuffisance de moyens pour contrer la rébellion touareg dans le Nord et la proclamation de l'indépendance de l'Azawad après une campagne éclair des forces touareg du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA).

Le putsch initié par le capitaine Amadou Sanogo de l'armée malienne assurant la présidence d'un Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l'Etat (CNRDRE) est intervenu après une déroute de l'armée face à une rébellion touareg renforcée par des groupes puissamment armés issus de l'armée libyenne après la chute de Kadhafi. Il s'est déroulé sur fond de corruption banalisée, de frustration militaire d'une armée impuissante à combattre les Touareg dans le Nord et d'alliance de circonstance entre ces derniers, Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et un mouvement islamiste Ansar Dine sans compter la présence d'adeptes de la secte islamique nigériane de Boko Haram, dont certains éléments qui la composent se seraient formés au sein de l’Aqmi. Il faut ajouter que suite à l’accord d’Alger (2006), le Nord du Mali a été démilitarisé et que le président ATT a refusé l’installation d’une base militaire française sur place. Ce qui a eu comme résultat l’installation de l’AQMI dans la Région et l’abandon des frontières Nord.

En l'absence de réactions de l'Algérie et du commandement militaire inter Etats (Algérie, Mali, Mauritanie, Niger), le MNLA et ses factions autonomistes et indépendantes ont eu beau jeu de profiter de leur position de force pour réaliser le rêve touareg d'un Etat indépendant regroupant trois régions du Nord Mali (Gao, Tombouctou et surtout Kidal) couvrant les 2/3 de la superficie du pays.

Cet épisode dramatique qui s'est accompagné de scènes de pillage, de violences de toute nature à l'encontre des civils, des femmes et d'imposition de la charia, ne pouvait laisser indifférents les Etats voisins qui ont décidé un embargo sur leurs échanges commerciaux avec ce pays enclavé alors même qu'il connaît une situation alimentaire très critique du fait de la sécheresse.

Si la junte a pu se prévaloir d'un certain soutien populaire à la veille d'une élection présidentielle prévue le mois suivant, elle s'est heurtée, tant à l'intérieur, où elle était loin de faire l'unanimité, qu'à l'extérieur, à une très large réprobation. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), puis le Conseil de Sécurité des Nations Unies ont condamné le coup de force et fait pression pour un retour rapide à l'ordre constitutionnel.

De ce dernier point de vue, on ne peut que se féliciter de la décision du CNRDRE de remettre le pouvoir au Président de l'Assemblée Nationale, après la démission du Président de la République et suite à la médiation opérée par le Ministre des Affaires Etrangères du Burkina Faso au nom de la CEDEAO.

L'inquiétude reste grande sur deux fronts : le poids des militaires putschistes qui ont été amnistiés mais n'ont pas renoncé, semble-t-il, à jouer de leur influence sur le pouvoir de transition, menaçant de ce fait la stabilité du pays, et la lutte à mener pour res-taurer l'intégrité du Mali. Si, à cet égard, la négociation doit être privilégiée, l’usage de la force n'est pas exclu, comme la mobilisation de la force armée de la CEDEAO le laisse à penser.

Le contexte international de ce drame ne peut être oublié. On peut s'interroger en particulier sur la politique des puissances impliquées de près ou de loin dans cet imbroglio sahélien où les données du trafic des armes et de la drogue se greffent sur une situation d'intérêts et d’énormes appétits (fabuleux potentiel minéralogique) croisés. Sont parties prenantes à cette situation troublée les pays voisins, l’Algérie notamment qui dispose d’organes de sécurité appropriés, mais aussi la France, l’Union Européenne, les Etats-Unis et les pays émergents dont les intérêts ne peuvent être négligés. Les Etats de l’Afrique de l’Ouest, l’Algérie et l’organisation régionale se doivent de coopérer pour trouver une solution convenable et durable à la situation sahélienne : conforter l’Etat malien, trouver une solution au problème « Touareg » (résoudre la contradiction entre le respect du mode de vie et l’accès à la modernité) et éradiquer les dérives islamistes au Sahara.

Il appartiendra à Cheikh Modibo Diarra et son gouvernement de transition de définir et mettre en oeuvre une stratégie qui tienne un juste compte de cette situation internationale tout en ménageant les conditions d'un retour à la légitimité démocratique. Affaire de volonté tout autant que d'habileté. Le temps presse.■

La CADE