Sécheresse et sécurité alimentaire au Sahel

Sans vouloir mêler nos voix à ceux qui parlent de malédiction à son sujet, il nous faut bien reconnaître que le Sahel est périodiquement victime de sécheresses aux effets dévastateurs sur l'alimentation et la santé des populations qui y vivent. Cette année plus de la moitié de la population du Niger souffre de la faim en cette période de soudure et, bien que moins affectés, les habitants du Tchad, du Mali et du Burkina Faso ne sont pas épargnés.

Depuis la grande sécheresse de 1973, les pays sahéliens, sous l'impulsion du Comité Inter- Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel – CILSS –, se sont organisés pour faire face à ce fléau : évaluation, dès les récoltes, de l'ampleur des pertes de production, estimation des besoins qui ne pourront être satisfaits par des ressources nationales et appréciation des apports extérieurs à mobiliser. Des instruments ont été mis en place pour surmonter les états de crise; aide triangulaire, constitutions de réserves nationales, création de banques céréalières au niveau des communautés de base, recours à des modes d'acheminement et de livraison des vivres qui ménagent les circuits commerciaux d'approvisionnement...

Mais, quelque soit le soin apporté à leur mise en oeuvre, ces instruments couvrent mal les besoins. Témoin de ces défaillances, souvent dénoncées, l'emballement des prix des denrées alimentaires, reflet de l'état de rareté de l'offre mais également des spéculations sur l'état d'urgence qui ne sont pas sans rappeler, dans un tout autre domaine, la crise financière de la Grèce... qui ne fait pas que des malheureux.

On sait combien les sécheresses engendrent de souffrances et d’effets destructeurs sur les sociétés sahéliennes. Dès lors, on ne peut que s’étonner de l’imprévoyance des autorités et des organes d’aide extérieure.

Au lieu de s’alarmer avec retard, sans doute par crainte des réactions politiques, et de mobiliser dans l’urgence secteur public, aide internationale et ONGs, ne serait-il pas préférable de mettre en place, dans le cadre d’une politique agricole et commerciale adaptée aux conditions et réalités sahéliennes, des outils permanents de régulation des marchés, soutenus en période de crise par la solidarité internationale ? Les pays sahéliens y gagneraient en terme de souveraineté et la stabilisation des marchés contribuerait à stimuler la production vivrière.

Il reste à montrer que des pratiques de régulation des marchés, qui ont fait leur preuve ailleurs, sont à la fois plus humaines et moins coûteuses que des interventions d’urgence. Il n’y a pas de sécurité alimentaire sans souveraineté alimentaire et celle-ci a toujours un prix.■

La Cade