L'Union Africaine, 10 ans après

L'ombre de Kadhafi, la célébration avec pompe du partenariat sino-africain et la lutte pour le leadership de l'Afrique ont marqué de leur empreinte le 18e Sommet de l'Union Africaine qui s'est tenu à Addis-Abeba fin Janvier en l'absence remarquée du Président du Sénégal.

Placé sous le signe de la promotion du commerce intra-africain, ce Sommet n'a fait, à cet égard, que peu de progrès : une feuille de route à discuter au prochain Sommet, la réaffirmation d'un objectif - une zone continentale de libre-échange en 2017 - et un encouragement à constituer entre l'Afrique du Nord, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale une seule zone de libre-échange à l'instar de celle en négociation entre l'Afrique australe et l'Afrique orientale.

Plus attendue, l'esquisse de nouvelles lignes de force pour l'ère post-Kadhafi qui s'ouvre. Devant ses pairs, le Président de la Tunisie s'est fait l'avocat des « printemps arabes » et a mis en garde les régimes dictatoriaux. Il a fait état de sa volonté de trouver un règlement pacifique au problème sahraoui et de contribuer au renouveau du Maghreb en réintégrant le Maroc dans l'Union Africaine. En Afrique subsaharienne, à la faveur de la chute de Kadhafi, on assiste à l'émergence de nouveaux rapports de force, comme on le verra plus loin.

L'inauguration du nouveau siège de l'Union Africaine offert par la Chine a fourni l'occasion à ce pays de célébrer son partenariat stratégique avec l'organisation africaine et d'en présenter les deux axes majeurs : l'interconnexion au service de l'intégration régionale et la formation. Avec un commerce extérieur de 150 milliards $, soit 10 % de ses échanges extérieurs, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'Afrique. Elle monte également en puissance pour les investissements engagés sur le continent avec un montant de près de 15 milliards $. Le choix des nouveaux dirigeants de l'U.A. ne s'est pas fait sans mal. A la Présidence de l'organisation, le Président du Benin succède au Président de la Guinée équatoriale, après avoir réglé un différend avec le Président du Nigeria qui entendait occuper cette fonction. Au sein de la CEDEAO dont la Présidence va être exercée par la Côte d'Ivoire revenue en force sur la scène africaine, on peut s'attendre à la réaffirmation de la puissance nigériane.

Pour ce qui est de la Présidence de la Commission de l'U.A., on a assisté, autour de la reconduction du mandat de M. Ping, à une lutte sévère pour le leadership de cette institution. L'Afrique du Sud, qui avait sa candidate, s'est opposée avec vigueur au renouvellement du mandat de ce dernier, à qui elle reproche son inefficacité en Côte d'Ivoire et en Libye face aux Occidentaux. Faute de trouver un accord avec les pays ouest-africains et centrafricains notamment qui soutenaient M. Ping, ce dernier est maintenu en place jusqu’au au prochain Sommet en juin au Malawi, où l'affaire est renvoyée. Le Président d'Afrique du Sud n'a pas caché ses ambitions pour son pays, mais il a rencontré une forte opposition à sa volonté de domination, situation que l'U.A. a déjà connue avec Kadhafi... qui finançait l'organisation à hauteur de 15 % de ses besoins.

A l'heure où la Charte africaine de la démocratie et de la gouvernance entre en application (ce 15 février) et où les puissances étrangères, qui soutiennent l'U.A. et contribuent pour plus de 75 % à son financement, se font de plus en plus pressantes, le sort de cette organisation va se jouer, sur fond de lutte pour son leadership, sur la capacité de ses protagonistes à régler démocratiquement les crises et tensions qui ne manqueront pas de se faire jour et à asseoir sur des bases plus solides le financement de l'U.A. dont dépend son indépendance.■

La CADE