Beaucoup de bruit pour ... ?

La réunion du G 20 a certes mobilisé fortement les médias ces derniers temps, mais quelles conséquences peut-on en attendre, en particulier pour l’Afrique subsaharienne qui y était si peu présente, en dépit de son poids démographique et de sa position de réservoir de ressources naturelles nécessaires à l’économie mondiale ?

On pouvait légitimement craindre que les décisions ou les orientations que pourrait prendre le G 20 soient dans la droite ligne d’une exploitation « coloniale » des atouts de l’Afrique, les premiers intéressés par l’exploitation des richesses de leur continent n’ayant pas voix au chapitre.

Dans la panoplie des mesures annoncées, un certain nombre permet d’espérer que ces craintes ne soient pas complètement fondées. Reconnaissons notamment que le discours sur la lutte contre l’évasion fiscale et les attributions de crédit au niveau mondial forment un signe donné dans la bonne direction. Mais d’autres domaines d’importance sont restés, apparemment au moins, totalement occultés.

Il n’a pas été question d’une autre crise alimentaire africaine, qui risque pourtant de se manifester très tôt et d’être plus sérieuse que celle dont s’est fait l’écho le monde médiatique l’année dernière. La soudure 2009 se passe sans difficultés majeures au niveau mondial grâce à des récoltes 2008 d’un très bon niveau, mais rien n’a été préparé pour pallier les difficultés connues précédemment. En revanche, l’on a assisté ces derniers temps, en Afrique notamment mais aussi en Asie tropicale, à une quasi razzia sur les terres agricoles, ainsi d’ailleurs que sur les mines*, de la part de pays extérieurs (asiatiques ou moyen-orientaux notamment) qui s’apparente à une démarche néocoloniale. Et ceci d’autant plus que les terres ainsi retirées du circuit national ne seraient pas forcément consacrées à l’alimentation, qu’elle soit locale, nationale ou mondiale, mais destinées prioritairement à des cultures industrielles au sens large du terme.

L’enjeu est de taille pour un continent à la démographie galopante et où la majorité de la population agricole n’a pas les moyens de posséder la terre qu’elle travaille, que ce soit à des fins alimentaires (vivrier) ou économiques (cultures de rente). Viennent se greffer sur cette problématique de base les problèmes de la maîtrise de l’eau et de la formation des générations montantes.

Certes le G 20 n’avait pas pour vocation de régler d’un coup de baguette magique l’ensemble des problèmes du monde, mais il semble bien, au simple énoncé des difficultés prévisibles à relativement court terme, qu’il se soit contenté de tenter d’éteindre les flammes de l’incendie financier, ce qui est déjà beaucoup. Dans la mesure où ce premier objectif sera atteint, il reste à espérer que les consensus péniblement obtenus débouchent sur une poursuite de la collaboration mondiale pour résoudre les urgences, tout en souhaitant que cette attitude raisonnable ne se manifestera pas trop tard.

La Cade
* cf notamment: pour les terres agricoles « Le Monde » du 15 avril et pour les mines, le film de T. Michel "Katanga Business"