Vers une remise en cause des indicateurs de rechesse ?

A la faveur de la crise, bien des esprits s'interrogent sur les instruments de mesure de l'activité humaine. Des spéculations sur l'estimation du Bonheur National Brut (Royaume du Bhoutan) jusqu'au calcul d'un indice de développement humain (IDH) par le Programme des Nations - Unies pour le Développement (PNUD) en passant par la mission confiée par Nicolas Sarkozy à un groupe d'économistes sous la responsabilité du Prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, dans le but de reconsidérer les concepts de la Comptabilité Nationale à la lumière des exigences du développement durable, les initiatives ne manquent pas. Qu'en est-il pour l'Afrique ? N'y a-t-il pas lieu aussi à revisiter ces outils pour les adapter au contexte africain ?

La question n'est pas sans conséquence politique et économique. Il s'agit, en collant mieux aux réalités à mesurer, d'orienter les stratégies des acteurs de la vie sociale et en tout premier lieu celles des autorités politiques, dans un sens concourant davantage au bien-être collectif et individuel. Dans le cas des travaux menés par le groupe de travail Stiglitz, les propositions qui en émaneront devraient inclure l'impact de l'activité humaine sur les ressources naturelles et évaluer « l'empreinte écologique » sur notre activité de production comme de consommation.

Depuis très longtemps les politiques, mais aussi tous les représentants des diverses disciplines scientifiques, dénoncent l'inadaptation des concepts et de leur mode de calcul dans l’évaluation du Produit National Brut des pays africains. Au-delà des biais que cela introduit dans les comparaisons internationales, cet outil économique sous-estime aussi bien l'évaluation des contributions de certaines activités à la richesse nationale - notamment celle du secteur informel où la part des femmes est majoritaire - que les dommages causés aux ressources naturelles du fait de leur exploitation « minière ».

Dans cet ordre d'idées, le travail des femmes africaines mérite une attention particulière. On sait, et bien des oeuvres littéraires et cinématographiques l'illustrent abondamment, combien les sociétés africaines rurales mais aussi urbaines, sollicitent le travail des femmes sans le reconnaître, au risque d'une exploitation pénalisante pour les intéressées comme pour la société. Des économistes, au premier rang desquels M. Charmes, directeur du Département Santé et Société de l'IRD, ont mesuré la surcharge de travail des femmes africaines qui n’est en rien reflétée dans la mesure du PNB, faute d'être valorisée en termes marchands.

Ce serait, sans conteste, un premier grand progrès si cette contribution féminine à la richesse collective était prise en considération dans les instruments de mesure du PNB : il en va bien sûr d'une reconnaissance sociale de leur activité mais encore d'une amélioration de leur statut et, par des politiques adaptées de renforcement de leur impact et de meilleur traitement des conditions de leur exercice, du bien-être collectif.■

La Cade