Les pays arabes, le Brésil, la Russie ... et l’Afrique

Depuis longtemps la Chine, l’Inde s’intéressent à l’Afrique. D’autres puissances émergentes, déjà plus ou moins présentes sur le continent noir, envisagent de s’investir davantage. Les Emirats Arabes Unis, le Brésil, la Russie se sont manifestés en juin.

Afrique et Moyen-Orient

Le 1er et le 3 juin deux délégations émirates, le ministre des affaires étrangères d’abord, puis une équipe d’experts du fonds d’investissement d’Abou Dhabi sont venus à Conakry. Officiellement ces deux délégations voulaient « traduire la volonté des autorités émirates d’accompagner la Guinée». Cette dernière a grand besoin de partenaires nouveaux, les anciens et traditionnels, comme l’Europe, les Etats-Unis, le FMI, exigeant un retour à l’ordre constitutionnel avant tout appui.

Le premier ministre guinéen propose une coopération dans trois domaines qui se chiffrent à : $ 127 millions pour une centrale thermique et la réhabilitation du réseau de distribution d’électricité de la capitale ; $ 202 millions pour l’alimentation en eau potable de Conakry et l’adduction d’eau dans huit villes ; enfin $ 20 à 30 millions d’aide budgétaire « pour combler le déficit dû à la crise et à l’arrêt du programme du FMI ». Il sollicite aussi le secteur privé pour la construction de deux barrages hydro- électriques et il offre un bail emphytéotique pour une partie des 3.500.000 ha de terres cultivables disponibles. L’implication de banques et assurances à capitaux émirates serait aussi facilitée. Rien n’est encore signé, sauf un accord de prêt de $ 5 millions. Les experts ont précisé qu’ils « souhaiteraient avoir des informations sur la protection des investissements et la double taxation ». Si ces projets se réalisaient, ce serait le plus grand investissement islamique de l’histoire guinéenne.

Cette opération n’est pas une percée isolée. Les pays arabes tentent d’institutionnaliser leurs relations avec l’Afrique subsaharienne. Les 16 et 17 Mars derniers, des entreprises arabes et africaines se sont rencontrées à Dakar, sous l’égide de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Elles ont recommandé la tenue d’une rencontre de femmes d’affaires arabes et africaines et ont souhaité voir restreints aux seules entreprises arabes et africaines les appels d’offres pour les grands projets. Une seconde rencontre a été décidée, ainsi que la création d’une association d’entrepreneurs arabes et africains. Enfin un comité de pilotage comprenant l’Arabie saoudite, le Koweït et l’Algérie d’une part, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mozambique et le Sénégal d’autre part a été mis en place.

Les investisseurs arabes bénéficient sur le continent d’un différentiel de rendement très intéressant, encore plus avantageux en période de crise.

Liens historiques

Début Juin aussi, s’est tenu à Dakar un forum Brésil - Afrique pour la relance de la coopération. A cette occasion, le ministre brésilien du développement, de l’industrie et du commerce extérieur a entamé une visite au Sénégal, Ghana, Nigeria et Guinée équatoriale. « En raison de liens historiques très forts…. » a- t- il déclaré, nous devons « rééquilibrer la balance commerciale en diversifiant les investissements et en augmentant les importations ». Car l’Afrique « est le marché du futur ». Ce ne doit pas être seulement un réservoir de ressources naturelles. Il faut améliorer la qualification de la main-d’oeuvre africaine. « Contrairement à la philosophie des pays développés, le Brésil propose un transfert gratuit de technologies ». Elles sont proposées dans les domaines de la marine marchande, de la transformation des noix de cajou, de la culture des biocarburants….. Le Brésil s’intéresse au pétrole africain plus léger que le brésilien, au potassium et il va « aider le Sénégal ou le Ghana à se doter d’avions brésiliens, troisième producteur du monde ».

Depuis Moscou

Le président russe lui-même, Dimitri Medvedev, est allé au Nigeria, en Namibie et en Angola fin Juin. Des contrats pour un montant de $ 3 milliards ont été annoncés, essentiellement dans le domaine gazier : coopération avec le Nigeria, construction d’une centrale électrique au gaz et exploitation d’un gisement de gaz en Namibie. En Angola c’est un retour. «  Nous avons toujours pu compter sur l’amitié et la solidarité du peuple russe » a déclaré le président angolais et le président russe a reconnu que « nous  aurions dû commencer à travailler avec nos partenaires africains, il y a bien longtemps ».

Comme dans les relations avec la Chine, il n’est pas question de « bonne gouvernance », ni de « démocratie » dans ces rapports avec les pays arabes, le Brésil ou la Russie. Ce qui les rend attirants. Toutefois, l’Afrique commence à s’apercevoir que ces « conditionnalités » concernent en fait des règles traditionnelles, meilleures garanties de relatons durables.

R. G.