Le pastoralisme en Afrique subsaharienne

La crise du Sahel rappelle à quel point cette activité menacée est nécessaire au maintien de la paix dans la région. Malheureusement, elle reste mal comprise par des décideurs, souvent figés sur des préjugés qui font obstacle à un aménagement rationnel du secteur.

Qu’est ce que le pastoralisme ?

Mode d'élevage extensif fondé sur l'exploitation de la végétation naturelle, le pastoralisme représente l’activité économique dominante, voire la seule possible, dans les zones arides et semi-arides d’Afrique, où vivent « quelque 50 millions de pasteurs et jusqu’à 200 millions d’agropasteurs »1. La condition du maintien de l’activité, c’est la mobilité, qui s’exprime par un nécessaire nomadisme saisonnier.

Les bienfaits de l’activité pastorale en Afrique

Les systèmes pastoraux et agropastoraux représentent plus de 80 % de l’offre de produits animaux au Sahel et en Afrique de l’Ouest. La part de l’élevage dans le produit intérieur brut (PIB) est dominante dans plusieurs pays, comme en Mauritanie, où elle contribue à 70 % du total du PIB agricole, ou très élevée comme au Mali, au Tchad, en Ouganda, en Ethiopie et au Kenya.

Le seul commerce officiel du bétail inter frontalier représente plus de 150 millions de dollars en Afrique de l’Ouest, alors que la demande de produits d’élevage est tirée par la croissance de la population. Il en va de même en Afrique de l’Est.

A la vente de la viande, du lait et des sous-produits de l’élevage (cuirs, cornes), s’ajoutent des avantages sociaux, sécuritaires et écologiques, difficiles à évaluer, mais dont l’actualité rappelle l’importance. Le pastoralisme joue un rôle décisif dans la gestion de l’environnement, par la mise en valeur d’espaces impropres à d’autres activités, l’utilisation de la biomasse altérée en fin de saison sèche, la limitation des feux de brousse, la fertilisation des sols. Il participe au maintien, voire à l’accroissement, de la biodiversité végétale.

La complémentarité du pastoralisme avec les autres formes d’exploitation du milieu se manifeste par le troc (produits d’élevage contre céréales), les accords de fumure des terres agricoles, la fourniture de services de traction animale et de gestion des troupeaux sédentaires.

La fragilisation des systèmes pastoraux

Les contraintes qui pèsent sur la durabilité du pastoralisme apparaissent autant d’ordre anthropique que d’ordre naturel. Certains préjugés poussent au délaissement, voire à la démolition de cette forme d’activité. Les Occidentaux ont porté des jugements sommaires sur une activité qu’ils étaient incapables de comprendre : boolâtrie ou boomanie. Quant aux grandes institutions d’aide au développement, obsédées par les orientations productivistes qui sévissent actuellement, elles accordent une préférence exagérée à la promotion de l’élevage industriel et à la sédentarisation.

Parmi les causes anthropiques de fragilisation des systèmes pastoraux extensifs figurent la densification démographique et, phénomène nouveau, l’accaparement par de grands groupes agroalimentaires de terres - prétendument inexploitées - de pâturage et de transhumance, nécessaires à la survie des troupeaux.

Restent le réchauffement climatique et la disparition accélérée des points d’eau qui poussent à l’abandon de l’activité.

Sécuriser la mobilité de l’élevage pastoral

« La mobilité pastorale n’est pas seulement une stratégie d’élevage adaptée à la variabilité spatiotemporelle des ressources au Sahel, mais un mode de vie participant à la sécurité de l’éleveur, de sa famille et de ses animaux »2. Le maintien du pastoralisme en Afrique subsaharienne nécessite donc un ensemble de mesures techniques et à caractère social, mais aussi la compréhension des modes originaux de fonctionnement de ces sociétés.

Il s’agit d’abord de régler un problème foncier particulier qui passe par une reconnaissance des droits de pacage et de transhumance et par des formes juridiques qui ne sont pas nécessairement des droits de propriété, mais qui garantissent les exigences de mobilité sans lesquelles le pastoralisme est condamné : accès à l’eau et aux pâturages, accès aux marchés. Parmi les innovations réglementaires positives, on citera la mise en place par la CDEAO d’un « certificat international de transhumance » qui permet aux éleveurs de se déplacer d’un pays à l’autre.

Les communautés pastorales restent largement exclues des services sociaux indispensables, comme la santé ou l’éducation, ce qui suppose la volonté d’assurer des services coûteux dans des zones d’accès difficile et à la population dispersée. L’argument du prix élevé à payer pour sauver le pastoralisme en Afrique ne tient cependant pas au regard du coût démesuré de l’insécurité généré par son délaissement.■

Jean Roch

1 « Le pastoralisme en Afrique subsaharienne », Inter-réseaux Développement rural, Bulletin de synthèse souveraineté alimentaire, n°5, mai 2012. www.interreseaux. org

2 Réseau des Organisations d’Eleveurs et Pasteurs de l’Afrique.

http://www.maroobe.org