Les pays arabes, le Brésil, la Russie ... et l’Afrique

Jatropha © http://www.bpr-afrique.com/es/imagenes/jatropha-21.JPG
Jatropha © http://www.bpr-afrique.com/es/imagenes/jatropha-21.JPG

Avant le Sommet des Etats sahéliens qui s’est tenu à N’Djaména le 25 mars 2010, les éleveurs ouest africains avaient lancé un cri de détresse, face à la famine qui menace les hommes et leur bétail. Les éleveurs sont particulièrement touchés : ne pouvant plus nourrir leur bétail, ils le vendent à perte. Selon la FAO, l’Afrique ne pourra nourrir que la moitié de sa population d’ici 2015, quoique les récoltes vivrières aient augmenté de 20 % entre 2008 et  2009.

Même si la réalité ne sera vraisemblablement pas aussi catastrophique, les perspectives sont préoccupantes. Pour tâcher d’y faire face une « Plateforme panafricaine des organisations paysannes » (PAFCO) est en voie de constitution. Le 22 février à Tunis, les dirigeants des cinq réseaux régionaux d’organisations paysannes ont préparé l’assemblée constitutive de cette Plateforme, prévue en mai. Elle veut « défendre les agriculteurs tout en cherchant à promouvoir une agriculture compétitive et moderne ». Cette structuration de l’agriculture africaine, fondée sur les organisations paysannes, permettrait de conjuguer les innombrables initiatives de modernisation et de valorisation qui émergent dans tous les pays. Elle pourrait être opérationnelles au moment où les cultures de biocarburants et d’OGM devront être très encadrées pour garantir la sécurité alimentaire.

Les biocarburants

En effet le jatropha, importé du Brésil au XVIIe siècle, est présent dans le Sahel sous le nom de pourghère. Il sert pour les haies parce que très résistant. Associé aux céréales, il fertilise les sols. Il pousse partout, mais préfère les terres irriguées…, aux dépens, craint-on, du vivrier. D’autant qu’avec des racines plongeant à 5 mètres de profondeur, l’arrachage et la diversification sont difficiles. C’est la source idéale de carburant bio. En Afrique une trentaine de pays en cultivent, à l’Ouest comme à l’Est. Pour l’heure ce carburant est surtout utilisé sur place pour produire de l’électricité, du savon, des shampooings… Seuls le Soudan, Maurice, le Zimbabwe ont commencé à exporter. Les raffineries d’huile et les usines de produits divers créent des emplois. Selon le président sénégalais, 1.000 hectares plantés dans chaque communauté rurale donneraient plus d’un milliard de litres de biodiésel, assurant l’indépendance énergétique du Sénégal. Les producteurs ont un revenu supérieur à celui qu’ils tirent des céréales. Ils peuvent ainsi améliorer leur niveau de vie, payer l’école des enfants et investir dans leur exploitation. Syndicats paysans, ONG, organismes semi officiels redoutent que ces avantages n’incitent les petits producteurs à négliger le vivrier. D’autant que l’agro - industrie étend ses superficies en bio, en accord avec l’exploitant, mais parfois sans cet accord. La canne à sucre, le maïs, le manioc, l’huile de palme fournissent aussi du carburant. Des chefs traditionnels s’y mettent. Des paysans font part de leur point de vue sur le blog de « Jeune Afrique ». Ces cultures ont incontestablement du succès, car elles sont attirantes (le jatropha notamment : travail au champ facilité, rentabilité). Elles nécessitent, semble-t-il, une organisation de la production agricole nationale, avec une répartition, consentie ou imposée, entre bios et vivriers.

Les OGM

Autre inquiétude. Les plantations de Bio technologiques ou Organismes génétiquement modifiés (OGM) ont augmenté de 7 % dans le monde entre 2008 et 2009. Elles sont pratiquées par 14 millions d’agriculteurs, dont 13 millions dans les Pays en voie de développement (PVD ) et occupent 134 millions d’hectares. Les Etats Unis sont en tête avec une moitié des superficies. Suivent le Brésil, l’Argentine, l’Inde, le Canada, la Chine (3,7 millions d’hectares), l’Afrique du Sud (2 millions d’hectares), le Burkina Faso, l‘Egypte. La Chine a, normalement, privilégié le riz, qui nourrit la moitié de l’humanité et le maïs, première nourriture des animaux. En novembre 2009, elle a délivré des certificats d’innocuité biologique pour le riz et pour le maïs, résistant aux insectes. On prévoit déjà que le maïs supportant la sécheresse sera disponible aux Etats Unis en 2013 et en Afrique subsaharienne en 2017. Une autre espèce de maïs, du soja, du coton sont en voie de certification. Si ces autorisations de mise sur le marché sont confirmées, il faudra trancher sur l’innocuité, ou non, des OGM.

Les produits bio plus traditionnels sont aidés par la FAO. Cinq mille paysans d’Afrique de l’Ouest exportent des aliments bio en Europe, pour 2,4 millions de dollars. Ce marché devrait augmenter de 5 à 10 % par an dans les trois ans à venir, si les exigences de certification alimentaire sont respectées. La FAO a aidé des groupes d’agriculteurs au Ghana, Sénégal, Sierra Leone à passer de la culture traditionnelle à la culture bio en améliorant leurs techniques culturales et administratives : au Ghana, la vente des ananas est passée de 25 à 116 tonnes. Ces succès amènent d’autres paysans à adopter ces techniques.

Si la crédibilité scientifique de la Chine est reconnue, c’est peut-être une nouvelle « révolution verte », qui se prépare.■

Robert Ginésy