L'Inde, le nouvel ami de l'Afrique?

Les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique sub-saharienne sont passés de 5,8 milliards de dollars sur la période 2003-2004 à 42,3 milliards de dollars en 2010-2011, soit un multiple de 7 en moins de dix ans. Les investissements indiens progressent partout, y compris dans les pays francophones, comme c’est le cas de l’entrée au capital des Industries chimiques du Sénégal (ICS) par le groupe agroalimentaire Indian Farmers Fertiliser Cooperative (IFFCO) ou le projet de Tata Steel d’exploitation de minerai de fer en Côte d’ivoire.

Une présence croissante et multiforme

Aujourd’hui, les Indiens s’intéressent prioritairement au pétrole et aux minerais (fer, cuivre, charbon) et au lucratif marché des télécommunications, où Bharti Airtel a racheté les actifs africains du koweïtien Zain pour 8,5 milliards et demi d’euros. D’autres multinationales indiennes multiplient les opérations, comme le conglomérat TATA, dont la filiale Tata Africa Holdings, installée à Johannesburg, est « chargée d’identifier les opportunités de développement et de promouvoir de nouveaux projets dans toute l’Afrique ».

Les domaines d’excellence : santé et télécommunications

Santé

Les groupes pharmaceutiques indiens diffusent des médicaments génériques à faible coût, notamment des antirétroviraux pour soigner le SIDA. Cipla a mis au point une trithérapie à moins de 1 dollar par jour.

HealthCare Global Enterprises, déjà installé au Ghana et en Ouganda, va créer 3 nouveaux centres de cancérologie en Tanzanie, au Kenya et au Nigeria, pour traiter les cancers les plus fréquents, notamment le cancer du foie.

► Téléphonie et programmation informatique

Bharti Airtel, qui compte à ce jour 63,7 millions d’abonnés en Afrique, s’est engagé dans une politique de prix cassés pour accroître l’accès au mobile. Bharti vient de conclure un accord avec Nokia pour vendre en Afrique un dispositif d’information « Nokia Life Services » qui porte aussi bien sur l’éducation, l’agriculture, les loisirs ou la santé.

Infosys, société de services en ingénierie informatique, qui vise le marché africain, a développé un logiciel adapté à la gestion d’un système bancaire islamique.

Les pratiques délictueuses de certaines multinationales indiennes

Plusieurs entreprises font l’objet de critiques pour des comportements attentatoires aux droits de l’Homme ou à l’environnement.

Karuturi, le géant de l'industrie de la fleur, vient d’être traduit en justice par le gouvernement kenyan, qui l’accuse de fraude fiscale pour avoir sous-déclaré la marchandise expédiée à son entrepôt de Dubaï. Cette même société, qui exploite plus de 300 000 hectares de terres en Éthiopie, est en conflit avec les villageois et les pasteurs dépossédés au sujet des compensations à accorder.

Konkola Copper Mine (KCM), filiale du groupe minier Vedanta, déjà condamnée pour avoir pollué la rivière Mushishima, est également jugée responsable de graves pollutions de la rivière Kafue, qui compte pour 40 % de l’approvisionnement en eau domestique de la Zambie.

Le rôle accru de l’Etat indien

L’assistance technique

Le Programme de coopération technique et économique indienne (ITEC), créé en 1964, a déjà consacré 1,5 milliard de dollars US à la formation professionnelle en Afrique.

En 2008, à l’initiative du Premier ministre Manmohan Singh, s’est tenu le premier Sommet indo-africain à New Delhi. A l’occasion du second sommet d’Addis-Abeba, en 2011, l’Inde s’est engagée à investir, dans les trois prochaines années, 5 milliards de dollars US dans des projets de développement, sous forme de lignes de crédit, à quoi s’ajoutent 700 millions de dollars US pour établir de nouvelles institutions et programmes de formation.

En 2009, l’ancien président Abdul Kalam a lancé l’ambitieux projet « Pan-African e-Network Project » en matière d’éducation à distance et de télémédecine, qui touche 11 pays africains.

Les financements

L’Inde a augmenté son aide, au moyen de crédits concessionnels à l’exportation ou de lignes de crédit, généralement accordés par la banque publique Exim Bank, comme dans le cas du projet « Team 9 », qui a introduit un modèle de coopération spécial au profit des pays africains signataires, qui sont désormais au nombre de 13.

Suite au sommet de Durban, l’Inde participera à la mise en place de la nouvelle Banque de Développement destinée à « mobiliser les ressources pour des projets d’infrastructures et de développement durable dans les BRICS, les autres économies émergentes et les pays en développement. ».

Le renforcement des investissements publics indiens

Les grandes entreprises publiques se lancent de plus en plus dans des acquisitions de gisements pétroliers ou gaziers, comme dans le cas du consortium indien - ONGC Videsh et Oil India - actuellement en compétition pour de coûteux achats de concessions gazières au Mozambique.  

Jean Roch