Chine-Afrique: à qui profite le partenariat?

Le président Xi Jinping va participer au sommet des dirigeants des pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui se tiendra les 26 et 27 mars 2013 en Afrique du Sud. Premier partenaire commercial de l'Afrique, la Chine a annoncé le doublement de ses investissements en Afrique à hauteur de 20 milliards de dollars.

L’offensive économique chinoise se développe avec de nouvelles pratiques : création d’une banque de développement commune aux BRICS, co-financement, avec les multinationales, dans les infrastructures minières et portuaires, intrusion dans des activités jusqu’ici réservées aux petites entreprises et au secteur « informel » africains (textiles, collecte et transformation des métaux).

► Le « modèle angolais »

Le contrat-type passé par la Chine avec les pays africains consiste dans l’échange d’achats de matières premières contre des investissements dans les infrastructures économiques (chemins de fer, routes, barrages,..) et sociales (écoles et hôpitaux). Ce mécanisme original s’apparente à un accord de troc, il fonctionne avec les financements de la China Exim Bank et ce sont des entreprises chinoises qui accomplissent les travaux.

► Néocolonialisme ?

Dans une tribune parue dans le Financial Times, Lamido Sanusi, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, déclare que « Beijing est autant un concurrent qu'un partenaire et est capable de mener les mêmes pratiques d'exploitation que les anciennes puissances coloniales... La Chine s’empare de nos matières premières et nous vend des biens manufacturés. C’était également l’essence du colonialisme ».

En réalité, la Chine n’a pas un comportement colonial quand elle commerce avec l’Afrique, elle ne fait qu’entretenir des relations d’échange banales, où elle est dominante parce que plus développée que son partenaire. Rien de tel avec la colonisation, qui solidarisait arbitrairement les ventes et les achats extérieurs de ses colonies dans le système imposé de la « traite ». Un porte-parole du ministère chinois du Commerce a donc beau jeu de répliquer ironiquement à Lamido Sanusi : « je conseille à ce gouverneur d'étudier attentivement l'histoire du colonialisme ».

► Les rappels au respect du droit

La conquête de l’Afrique par les entreprises chinoises s’accompagne parfois de corruption et du non-respect des droits des employés ou des termes du contrat. Les temps sont en train de changer, car plusieurs pays ont commencé à sanctionner les contrevenants.

  • Le Zimbabwe a décidé d'annuler un contrat de réalisation d’une centrale électrique par Sinohydro, pour cause de surfacturation, afin d’offrir des pots de vin au ministre de l’Energie.
  • Le Botswana annonce des poursuites contre China National Electric Equipment Corporation, qui n’a pas respecté les délais de livraison de 4 centrales électriques. Le Botswana exige que l’entreprise prenne à sa charge le surcoût de ses importations d'énergie jusqu’à la livraison de la commande complète.
  • Au Ghana, le ministre des Ressources naturelles a interpellé l’ambassadeur chinois au sujet des mineurs chinois clandestins qui propagent au Ghana une « mauvaise image de la Chine qui pourrait entacher les relations en plein essor entre les deux pays ». Le gouvernement a décidé d’appliquer désormais la « tolérance zéro ».
  • La Zambie a procédé à la saisie de la mine de charbon Collum Coal Mine, exploitée par une société chinoise, à laquelle il est reproché de ne pas respecter les normes sociales et environnementales du pays et de ne pas payer des redevances dues à l’Etat.

► Quand les idées fausses ont la vie dure

Certains « croient que nous vivons dans un monde à somme nulle où tout ce qui est gagné par l’un est nécessairement perdu par l’autre. Comment peuvent-ils croire cela ? » L’économiste Paul Krugman1 démontre que la théorie du jeu à somme nulle n’a aucun sens, ce qui se confirme dans le cas de l’intervention chinoise en Afrique, qui ne fait que s’ajouter à l’arrivée en force des autres émergents et des entreprises occidentales.

L’Afrique peut faire monter les enchères dans les négociations, même si, pour l’instant, ce sont les budgets publics qui profitent de la situation, les exclus du jeu étant les acteurs de l’informel et les petits industriels africains. Nombreux sont ceux qui gagnent beaucoup d’argent en Afrique, à commencer par les grands groupes occidentaux engagés dans les secteurs porteurs des économies africaines. Krugman a donc raison de rappeler que « La compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales » Ce sont les entreprises qui se font concurrence et la Chine ne fait pas exception à la règle.

Jean Roch

1 Paul Krugman, La mondialisation n’est pas coupable, La Découverte, 2000 (ouvrage remarquable).