Mieux partagerr les richesses du sous-ol africain

S elon le FMI, l’Afrique subsaharienne devrait bénéficier d’une croissance de la production supérieure à 5 % en 2012, mais, sauf en Afrique du Sud, l’industrialisation reste le parent pauvre de cette renaissance et le schéma extraverti des économies locales demeure prégnant. « Plus de 80 pour cent des recettes d’exportation du continent proviennent de matières premières, généralement à l’état brut. Les économies de plusieurs pays sont orientées vers l’exportation d’une seule marchandise, comme le cuivre (en Zambie) ou l’aluminium (au Mozambique). … A l’exception de l’Égypte, de la Tunisie et de l’Afrique du Sud, … les secteurs hors extraction et les industries compétitives restent fortement sousdéveloppés dans la plupart des pays d’Afrique » 1.

Un beau potentiel minier et pétrolier

· Minerais : l’Afrique posséderait plus du tiers des ressources minières mondiales, tous minerais confondus, et disposerait des principales réserves pour le platine, l’or, les diamants et le manganèse. Partout, de nouveaux gisements sont découverts, comme au Ghana, Kenya, Mozambique, Niger, Sierra Leone, Tanzanie, Ouganda et Madagascar, ce qui laisse augurer de belles rentrées d’argent dans plusieurs pays jusqu’ici privés de recettes minières, notamment au Sahel. Premier poste d’exportations de nombreux pays africains, les revenus de l’activité minière restent dominés par l’exploitation de minerais bruts, faute d’investissements dans la valorisation sur place.

· Pétrole et gaz : la production de pétrole de l’Afrique subsaharienne - où le Nigeria et l’Angola sont les principaux producteurs - s’élevait à 7 % du total mondial et ses réserves prouvées à 5 % du total en 2011 2. Bien qu’elle reste modeste, elle monte en puissance avec les découvertes de ressources offshore (exploitation en mer) en Afrique de l’Ouest pour le pétrole et dans l’Océan Indien pour le gaz, où le Mozambique attend de ses ventes de gaz liquéfié des recettes de plus de 4 milliards d’euros par an pour le trésor public. Les progrès technologiques permettront d’atteindre des gisements jusqu’ici inaccessibles, comme ceux d’Angola et du Ghana, dont le groupe français Technip, spécialiste des gisements en eau très profonde, espère tirer profit.

Quant à l’Afrique du Sud, elle vient de lever son mora toire sur l’exploration des gaz de schiste et d’autres pays pourraient être, eux aussi, tentés par le recours à la technique de la fracturation hydraulique.

Pour une distribution plus équitable de la richesse

Huit pays d’Afrique subsaharienne (Angola, Cameroun, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Nigeria, Tchad, Soudan du Sud) sont classés « pays exportateurs de pétrole ». Leurs exportations nettes de pétrole représentent au moins 30 % des exportations totales, ce à quoi s’ajoutent, pour plusieurs d’entre eux, des recettes générées par les ventes de minerais .

Beaucoup reste à faire en matière de création de valeur ajoutée localement, comme au Nigeria qui importe du pétrole raffiné pour répondre aux besoins de ses habitants.

Cependant, plusieurs pays ont commencé à s’investir davantage dans le capital et la gestion des grandes entreprises et veulent notamment :

- revoir les contrats pour accroître la part des royalties du pays d’accueil ;

- augmenter leur participation au capital des entreprises pour peser sur la politique des revenus et les choix d’investissement.

Presque toutes les opérations minières sont sous contrôle étranger, concédées aux quatre multinationales qui dominent le secteur, à savoir les deux anglo–australiens BHP Billiton et Rio Tinto, le brésilien Vale, leader mondial du fer, et le nouveau géant suisse Glenstrata.

En revanche, les deux grandes compagnies pétrolières de la région - la Sonangol en Angola et la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) au Nigeria - sont des entreprises publiques. Bien entendu, le contrôle du capital n’avance à rien tant que la corruption et l’irresponsabilité continueront à sévir. L’ONG américaine Human Rights Watch dénonce un détournement de 32 milliards de dollars en Angola (soit 25 % du PNB du pays), identifié entre 2007 et 2010 par le FMI. Cette somme énorme, qui a disparu des caisses de l’État, proviendrait de la Sonangol. Quant à la NNPC nigériane, considérée comme mal gérée, elle nécessiterait une restructuration.

La situation de l’Afrique s’avère quand même très favorable, vu l’abondance de ses réserves et des prix élevés, tirés par la demande croissante des pays émergents comme la Chine. En dépit des insuffisances actuelles, les activités extractives ont déjà conduit à des progrès remarquables en matière d’emploi (les mines emploient quelque 500 000 salariés dans la seule Afrique du Sud), de revenus (privés et publics) et de formation de cadres africains, désormais promus aux postes de direction des grandes entreprises. ■

Jean Roch

1 Rapport 2011 sur les progrès en Afrique, Africa Progress Panel
2 BP Statistical Review of World Energy, June 2012, bp.com/statisticalreview