La pêche en Afrique

L a production mondiale des pêches de capture et d’aquaculture s’est élevée en 2011 à 154 millions de tonnes, dont 131 millions de tonnes (85 %) destinées à l’alimentation. On notera la stagnation, voire la diminution des captures de la pêche en mer, qui n’atteint plus les 80 millions de tonnes annuelles. Au contraire, l’aquaculture passe de 47,3 millions de tonnes en 2006 à 63,6 millions de tonnes en 2011, soit une hausse de 34 % en seulement 5 ans.

La pêche, une ressource majeure de l’Afrique subsaharienne

La pêche maritime compte pour quelques millions de tonnes de production annuelle, avec des captures souvent supérieures à 400 000 tonnes en Afrique du Sud, au Nigeria, au Sénégal, au Ghana et en Namibie.

Les pêches continentales se pratiquent principalement dans la région des Grands Lacs d’Afrique, (Ouganda et Tanzanie) et au Nigeria pour les pêcheries fluviales.

L’aquaculture reste modeste, bien qu’elle ait progressé ces dernières années, essentiellement au Nigeria (200 535 tonnes) et en Ouganda (95 000 tonnes), où dominent le poisson-chat africain et le Tilapia.

La pêche procure des millions d’emplois directs et encore plus d’emplois induits : transformation, conditionnement et commercialisation des produits, confection de filets et d’engins, fourniture de glace, construction et entretien des navires, etc…

Le poisson constitue presque la moitié des apports en protéines animales consommées dans plusieurs pays africains, mais c’est l’Afrique qui affiche la consommation de poisson la plus basse avec 9,1 kg par habitant en 2009, sachant qu’il existe de fortes différences selon les pays. C’est ainsi que le Sénégal consomme quelque 26 kilos de poisson par habitant.

On retrouve par ailleurs les tendances observées en matière d’agriculture, à savoir l’inégalité dans l’échange et la dépendance. Bien que l’Afrique soit devenue exportatrice nette, en valeur, de produits halieutiques depuis 1985, elle reste importatrice nette en quantité, conséquence de la faible valeur unitaire de ses importations (principalement des petits pélagiques1).

De graves menaces sur la ressource

Le chalutage industriel ravage les fonds marins d’Afrique et les stocks de quatre espèces nobles (la sole, la daurade, le mérou blanc - le thiof sénégalais - et le capitaine) ont déjà chuté de 75 %. Il en va de même pour la sardine, dont l’océanographe Philippe Cury admet qu’il est « incapable de dire si la sardine va revenir en Namibie et si les méduses vont partir ».

La pollution par le pétrole du delta du Niger menace la survie du peuple ogoni et ruine les pêcheries et l’aquaculture artisanales. L’introduction dans le lac Victoria de la perche du Nil (ou capitaine) est jugée responsable de la disparition de centaines d’espèces endémiques.

« Accaparement des mers »

Environmental Justice Fondation (EJF) vient de publier un rapport sur « La pêche illicite non déclarée et non réglementée ». De janvier 2010 à juillet 2012, ils ont pu recenser 252 épisodes de pêche illégale dans les eaux territoriales de la Sierra Leone et déplorent notamment :

· les changements d’immatriculation des bateaux,

· les rejets à la mer d’espèces non recherchées,

· l’embarquement de pirogues sur les navires pour les déployer dans les eaux territoriales africaines,

· l’absence du dispositif « Vessel Monitoring System » qui permet le repérage par satellite,

· la corruption des autorités locales, au prix de quelques pots-de-vin (en dollars ou en caisses de poisson).

Pour sa part, Greenpeace a enquêté sur les « autorisations illicites » de pêche accordées par le Sénégal à des navires étrangers. Il en ressort que vingt-neuf des chalutiers autorisés à pêcher dans la Zone économique exclusive (ZEE) du Sénégal avaient, entre décembre 2011 et avril 2012, « déclaré un volume de captures de plus de 125 000 tonnes…, soit l'équivalent de la moitié des captures annuelles de l'ensemble de la pêche sénégalaise d’espèces pélagiques ». Les armateurs devaient verser au Trésor sénégalais 35 dollars par tonne, bien que certains aient indiqué avoir payé 120 dollars par tonne, ce qui donne la mesure du détournement opéré.

Les accords de pêche : un moindre mal ?

Les grands pays pêcheurs n’ont tenu aucun compte de l’avis des scientifiques qui s’accordent à dénoncer la surpêche.

Faut-il trouver des raisons d’espérer dans le renouvellement des accords de pêche, comme les « accords de partenariat dans le domaine de la pêche » (APP) récemment signés par la Communauté européenne avec quelques pays africains. Le paradoxe est que chacun admet que les accords de pêche, pourtant très décriés, valent mieux que l’absence d’accord. Les pays africains signataires bénéficient de ressources financières de contrepartie parfois substantielles, comme en Mauritanie, et d’une protection de leurs pêcheries artisanales, puisque les APP interdisent généralement aux navires européens de pêcher dans la zone des 12 miles nautiques au large des côtes.■

Jean Roch

1Principalement sardine, sardinelle, chinchard, anchois et maquereau.