Quelle croissance économique en Afrique ?

La banque mondiale1 se félicite des taux de croissance élevés des économies africaines, quand les pays développés stagnent à des niveaux très bas.

Elle relève que la croissance en Afrique subsaharienne est restée robuste en 2011, à 4,9 %, et pourrait monter à 5,3 % en 2012 et à 5,6 % en 2013.

Ce bon pronostic est tempéré par l’observation du ralentissement économique mondial. La récession en zone euro pourrait conduire à une chute des exportations et des recettes touristiques de l’Afrique subsaharienne, ainsi qu’à une baisse des investissements étrangers et des transferts de fonds des travailleurs émigrés.

Il reste que le développement des pays « émergents » a favorablement changé la donne pour une Afrique riche en matières premières. Elle vend désormais massivement en Chine ou en Inde, dans un contexte où la demande excède l’offre, ce qui joue en faveur de l’offreur et assure le maintien de prix rémunérateurs sur la longue période.

L’Afrique du Sud et les autres

Tous les pays subsahariens progressent, même les moins bien pourvus en ressources naturelles. Ce sont des changements structurels efficaces qui ont joué et non de simples hasards de conjoncture favorable.

Malgré ces progrès généralisés à tout le continent, il s’avère que l’Afrique du Sud écrase les statistiques de succès à tous les niveaux décisifs :

  • elle représente plus du tiers du produit intérieur brut (PIB) régional ;
  • elle est l’économie la plus diversifiée, présente dans toutes les technologies modernes ;
  • elle seule dispose d’un réseau de transport qui dessert l’ensemble des régions ;
  • la grande majorité des principales entreprises africaines2 sont des entreprises d’Afrique du Sud, qui sert de plate-forme de conquête des marchés du continent.

L’ancien et le nouveau

Les agences de développement, comme les industriels et les financiers, considèrent que l’Afrique est la région économique d’avenir. Pour le comprendre, il convient de faire la part de ce qui relève du passé et de ce qui résulte de l’innovation.

La reproduction élargie de l’ancien système

Nombre de succès africains reposent sur la reproduction d’anciens schémas, réactualisés à la faveur de la mondialisation et de l’apparition des marchés géants des « émergents ». Le volume et la valeur des ventes ont augmenté, mais dans le cadre du vieux modèle d’exportation de produits bruts, avec un réseau de transports mono-orienté de la mine jusqu’au port d’embarquement. L’échelle a changé, mais c’est l’ancien système extraverti qui fonctionne et qui échappe le plus souvent aux nationaux.

Les Africains à la reconquête de leurs ressources

L’Afrique n’est plus le continent à la dérive de la fin du deuxième millénaire, qui subissait l’« ajustement structurel » et la vente de ses ressources dont les cours ne cessaient de baisser. D’importantes réformes ont permis à l’Afrique d’améliorer significativement son statut et de rendre à sa population l’espoir d’ascension sociale dont elle fut si longtemps privée. Je mentionnerai ici quelques-unes des avancées majeures qui ont changé les choses :

  • Le « bonus démographique » donne une nouvelle dimension au continent. Une population jeune et en forte croissance - qui va vers le milliard d’habitants, dont beaucoup vivent dans de très grandes villes – redonne du tonus et ouvre de nouveaux marchés intérieurs. Le Sahel, longtemps handicapé par son souspeuplement, entre dans une ère nouvelle, où la taille des marchés de consommation lui ouvre de nouvelles opportunités d’entreprendre.
  • Le « bonus éducatif » : de nombreux pays ont consenti de gros efforts pour scolariser leur jeunesse et de nombreux cadres ont bénéficié de formations dans les meilleures universités étrangères. Ces efforts se sont traduits par l’africanisation réussie du personnel des entreprises locales jusqu’au niveau de la direction. L’entreprise africaine rivalise désormais avec les meilleurs, y compris sur l’arène mondiale.
  • Le « bonus technologique » : les Africains, rompus à l’oralité, ont toutes les dispositions requises pour l’utilisation des nouveaux moyens de communication. Le taux élevé de pénétration du téléphone mobile a permis notamment l’essor du « mobile banking », qui généralise l’accès au financement. Le recours au web mobile, de l’avis même des opérateurs, croit « à un rythme exponentiel sur le continent » et favorisera d’autres avancées.

Bien entendu, la lecture des taux de croissance ne suffit pas à juger si les politiques menées ont conduit ou non à un mieux-être des populations. Pourtant, l’engouement actuel pour l’Afrique correspond à une prise de conscience de réels progrès, y compris en matière sociale. Il reste que le chemin est long à parcourir avant que les fruits de la croissance soient plus équitablement distribués et parviennent aussi aux déshérités, exclus du système.

Jean Roch

1. « Perspectives pour l’économie mondiale », Banque mondiale, édition 2012.
2. « Les 500 premières entreprises africaines » (classement 2012), Jeune Afrique hors série n°29.