L'énergie en Afrique subsaharienne

Le manque d’équipements énergétiques retarde le développement de l’Afrique subsaharienne. Quelle est donc la situation de la région dans ce domaine ? Quel potentiel et quels équipements ? Comment résoudre les difficultés récurrentes de financement et de gestion des ouvrages ? Quelles sont les perspectives d’amélioration ?

Un exportateur net d’énergie

L’Afrique représente environ 9,5 % de la production énergétique mondiale, mais elle ne consomme qu’environ 3 % de cette production. La capacité de production des 48 pays au sud du Sahara est de 68 gigawatts (GW, milliards de watts), presque 2 fois inférieure à celle de la France.
Hors Afrique du Sud, la consommation d’électricité en Afrique subsaharienne représente à peine 1 % de celle des pays à revenu élevé.

La place des énergies renouvelables

L’Afrique subsaharienne produit 82,9 térawattheures (TWh, 1 000 milliards de wattheures) d’électricité hydraulique, soit seulement 2,6 % de la production mondiale, mais elle n’exploite que 3 % de son potentiel hydroélectrique.
Elle tient une place insignifiante dans la production à partir des autres sources d’énergies renouvelables.

Le cercle vicieux du sous-équipement énergétique

La pire difficulté consiste à vouloir distribuer de l’électricité à une population qui ne peut pas la payer. Cette contrainte est si prégnante que les bailleurs de fonds tiennent rarement leurs promesses, faute de rentabilité. Les entreprises privées sollicitées préfèrent la reprise d’installations existantes à la construction d’ouvrages neufs ; elles se désengagent souvent à cause du coût prohibitif de la réhabilitation d’équipements obsolètes et de l’impossibilité de vendre la production à son vrai prix.

Un condensé des déficiences énergétiques : les barrages d’Inga, sur le Congo1

Si tous les barrages du complexe de « Grand Inga » étaient construits, ce site exceptionnel pourrait produire 44 gigawatts (GW, milliards de watts), capables de couvrir 40 % des besoins de l’Afrique !
Quant aux installations actuelles, elles sont censées générer 1 800 mégawatts (MW, millions de watts), mais plusieurs groupes sont à l’arrêt.
La situation vient d’empirer, suite à la baisse du débit du fleuve Congo et au manque d’entretien : « le barrage hydroélectrique d'Inga qui produit habituellement 800 mégawatts n'en fournit actuellement que 300 à l’heure où Kinshasa, à elle seule, a besoin de 650 mégawatts pour ses besoins énergétiques, domestiques comme industriels. »2. Les installations d’Inga tournent donc à moins de 20 % de leur capacité et ne parviennent plus à satisfaire la demande de Kinshasa.

Quelles perspectives ?

  • Les progrès dans l’équipement énergétique de l’Afrique suivront le rythme de l’amélioration des revenus. Il est paradoxal que « 500 millions d’Africains possèdent un téléphone portable, alors qu’ils sont 700 millions à ne pas avoir d’électricité »3. Le coût d’investissement moins cher du réseau téléphonique ainsi qu’un retour sur investissement plus rapide expliquent cette distorsion.
  • Les programmes hydroélectriques ne manquent pas. La Banque africaine de développement cite la centrale hydroélectrique de Sahanivotry (réalisée) à Madagascar, les projets de modernisation des centrales du barrage d’Inga au Congo, de création de la centrale électrique de Bujagali en Ouganda et de l’usine hydroélectrique Itezhi-Texti en Zambie. 
  • D’autres initiatives sont prises dans les domaines de l’énergie solaire et éolienne en Afrique du Sud, de l’énergie éolienne au Cap-Vert, de la bio-énergie en Sierra Leone (conversion de canne à sucre en éthanol). 
  • L’Afrique du Sud dispose de la seule centrale nucléaire sur le continent. Elle veut construire d'ici à 2023 six nouvelles centrales et couvrir ainsi près d'un quart de ses besoins énergétiques D’autres pays africains envisagent eux aussi le recours au nucléaire. 
  • Restent les possibilités ouvertes par l’accord de Durban (conférence sur le climat), signé le 11 décembre 2012. Malgré ses insuffisances, cet accord a reconduit le « mécanisme de développement propre » (MDP) qui permet aux entreprises du Nord de financer dans les pays du Sud des projets réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, le Fonds vert promis à Copenhague a été créé : bien que les modalités de son financement restent à préciser, il devrait réunir 100 milliards de dollars pour permettre aux pays en développement de financer leur transition énergétique.

Le débat sur les moyens du développement des infrastructures énergétiques en Afrique subsaharienne reste ouvert, d’autant que les rapports de prix entre les différents types d’énergie sont en train de changer significativement. C’est ainsi que le coût de l’énergie solaire décroit rapidement, grâce à la baisse spectaculaire du prix des modules photovoltaïques.

Jean Roch

1 « Quand le fleuve Congo illuminera l’Afrique », Tristan Coloma, Le Monde diplomatique, février 2011.

2 Jeune Afrique, 24 août 2011.

3 Le Monde diplomatique, février 2011.