La place des entreprises françaises en Afrique subsaharienne

Les différents moments de la présence économique française

Pendant la période coloniale, la quasi-totalité des comportements économiques se limitaient à des opérations de monopole commercial, qualifié de système de traite. Il s’agit d’un double flux d’opérations qui consiste en la collecte et l’exportation de denrées agricoles tropicales (arachide, café et cacao) et en l’importation et la distribution de produits de grande consommation (aliments et boissons, textiles, ustensiles divers).

Après la deuxième guerre mondiale, l’Etat va lancer la politique de « mise en valeur » des colonies : financement d’équipements d’infrastructures (ports, transports et communications,..) et - à partir des années 50 - investissements miniers et pétroliers (bauxite, phosphates et fer en AOF ; manganèse, uranium et pétrole au Gabon).

Les indépendances de 1960 marquent l’intervention d’un nouvel acteur, à savoir l’Etat indépendant, qui choisira - ou se verra obligé, par défaut - d’investir dans tous les secteurs de l’économie. Les trois grandes sociétés de traite - la Société Commerciale Ouest-Africaine (SCOA), la Compagnie française de l'Afrique occidentale (CFAO) et la multinationale Unilever - se reconvertissent dans les « industries de substitution aux importations » pour répondre à la demande croissante de consommation urbaine et aux besoins d’équipement.

Le retour en force des grandes entreprises françaises

La France va profiter de la reprise de la croissance en Afrique dès le début des années 2000. Par ailleurs, la purge de l’ajustement structurel, qui débouchera sur la privatisation des services publics économiques, va ouvrir de belles perspectives aux multinationales.

Les fleurons de l'industrie minière française et le pétrolier Total tiennent leur place dans l’exploitation des matières premières stratégiques. Total réalise le tiers de sa production d’hydrocarbures en Afrique. Eramet produit au Gabon des alliages de manganèse pour la sidérurgie. Areva exploite le gisement nigérien d'Imouraren. Technip, spécialisé dans l'ingénierie dans les secteurs pétrolier et pétrochimique, a pris des positions solides au Nigeria.

Le groupe Bolloré et la CFAO, (filiale de PPR, anciennement Pinault- Printemps-Redoute), qui avaient choisi de rester en Afrique pendant les années de « vaches maigres », profitent à plein de la reprise. Bolloré – qui réalise 27 % de son chiffre d’affaires en Afrique en 2010 – a investi dans la logistique portuaire, le transit et le transport de marchandises, y compris chez les anglophones. Il intervient aussi dans la logistique pétrolière, minière et industrielle. Quant à la CFAO, elle compte parmi les grands de la distribution d’automobiles et de produits pharmaceutiques. A un niveau plus modeste, Maurel et Prom a effectué une reconversion originale dans l'exploration et la production d'hydrocarbures au Gabon et au Congo, dans des régions délaissées par les majors.

Les Français ont leur part dans le nouveau créneau de la privatisation des services publics, à l’exemple de Bouygues, qui est actionnaire de sociétés de distribution d'eau en Côte d'Ivoire et au Sénégal et de production et distribution d’électricité en Côte d'Ivoire. Orange réalise des profits exceptionnels sur son réseau de dizaines de milliers d’abonnés africains à la téléphonie mobile. On retrouve Bouygues dans la construction et l’entretien d'infrastructures de transport de loisirs et d'aménagement urbain.

Les Français conservent des intérêts dans l’agro-industrie, même si leur présence n’est pas aussi prégnante que dans les secteurs précités. L’entreprise publique Geocoton joue un rôle majeur dans la culture du coton, notamment au Sahel. Bolloré possède des palmeraies au Cameroun. Rougier exploite deux millions d’hectares de forêts, au Cameroun, au Congo et au Gabon où il produit des sciages et des contreplaqués.

Les parts de marché de la France en Afrique et au Sud Sahara

Les entreprises apprécient la taille du marché africain et l’amélioration des compétences de la main d’oeuvre locale. S’y ajoute pour les Français l’atout, non chiffrable mais sans doute très important, de la francisation de leurs ex-colonies : langue, habitudes de consommation, sociabilité commune formée progressivement. Même si la zone franc1 reçoit encore 85 % des investissements français en Afrique et que de gros efforts restent à faire pour sortir de l’ancien « pré carré », la part de marché de la France au Sud du Sahara s’élève à 8 % (contre 4 % au plan mondial) et dépasse les 15 % dans la zone CFA, ce qui n’est pas rien. Ainsi, malgré les difficultés de la reconversion, les entreprises françaises occupent bel et bien certains des secteurs les plus profitables des économies d’Afrique noire.■

Jean Roch

1) Selon Jean-Paul Gourévitch, spécialiste des relations France- Afrique.