Afrique: la nouvelle frontière des télécommunications

L’Afrique compte aujourd’hui plus de 400 millions d’abonnements à la téléphonie mobile, mais 77 millions de personnes seulement auraient eu accès à internent en 2010, selon l’Union internationale des télécommunications. L’arrivée des appareils de la 3ème génération (3G), les smartphones, modifie la situation et a entraîné une ruée des grands investisseurs sur le marché africain.

Les contraintes à lever

Avec un taux de pénétration d’Internet de 10 % en Afrique, les progrès s’avèrent difficiles, à cause de l’insuffisance et de la cherté des équipements et des communications. L’installation de nouveaux câbles sous-marins (fibres optiques) va résoudre une partie des difficultés d’accès par voie satellitaire, mais la faiblesse des revenus limite l’accès au haut débit. Si les classes moyennes et supérieures urbaines sont équipées, le marché de la « brousse », le moins rentable, reste à conquérir. Les paysans manquent de l’argent et souvent de l’instruction qui leur permettraient d’utiliser Internet. De plus, les infrastructures sont défaillantes dans les zones rurales, malgré l’installation de plus en plus fréquente de stations fonctionnant à l’énergie solaire.

Le mobile comme « outil ultime du développement » (Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix)

Les appareils de troisième génération ouvrent un nouvel espace de progrès. Les smartphones dont le prix devrait descendre à quelques dizaines d’euros, assureront la connexion à l’Internet sans fil, c’est-à-dire à un marché africain de centaines de millions d’utilisateurs potentiels.

Parmi les innovations techniques et sociales générées par le G3, le paiement mobile révolutionne l’économie. L’opérateur kényan Safaricom a inventé le système M-Pesa (Mobile argent), qui s’est révélé très rentable et touche aujourd’hui 10 millions de clients. Cet exemple a fait école et la société sénégalaise Sonatel vient de lancer « Orange Money » pour effectuer par mobile des dépôts, transferts et retraits d’argent, le paiement de factures et l’achat de crédits téléphoniques. Ce raccourci technique pallie l’absence d’infrastructures, comme en Somalie où les banquiers virtuels (« hawilad »), assurent le règlement des transactions commerciales dans un pays privé de tout service bancaire.

La ruée vers l’or du virtuel africain

Une vague de fusions-acquisitions déferle sur le secteur des télécoms africaines, la dernière étant le rachat par le groupe indien Bharti Airtel de Zain Africa, filiale du Koweitien MTC pour 10,7 milliards de dollars. Cette opération lui a offert plus de 40 millions de clients pour son entrée en Afrique. L’engouement pour ce nouvel eldorado se fonde sur l’étendue des profits réalisés et sur la belle marge de progression attendue de l’extension des usages du téléphone mobile.

Dans son dernier classement des 500 premières entreprises africaines, « Jeune Afrique » note le niveau élevé des bénéfices des entreprises de télécommunication, dont le résultat net peut dépasser 30 % du chiffre d’affaires. Quant à Orange, sa filiale sénégalaise Sonatel vient de réaliser une incroyable marge d’Ebitda1  de 56 %.

Le fructueux marché d’Afrique noire se présente de la façon suivante2  :

  • Quatre leaders: le géant sud-africain MTN, avec 57 millions de clients, le britannique Vodafone (49 millions), l’indien Bharti Airtel (42 millions), et le français Orange (25 millions) ; -
  • le suédois Millicom (12, 5 millions) et l’émirati Etisalat (11 millions) ; 
  • quelque 120 petits opérateurs nationaux, qui comptent de 50.000 à 200.000 clients chacun.

Ce marché mondialisé s’attaque maintenant à la clientèle la moins riche et celle qui réside dans les zones sous-équipées. Avec la baisse probable des profits faramineux de la première époque, il faudra offrir de nouveaux services, comme le paiement par téléphone, et s’orienter vers plus de contenu dans les mobiles. Comme le note Jeune Afrique, « Un des gros atouts des opérateurs locaux sera de proposer des contenus culturellement plus près des goûts et des attentes des nouveaux clients », comme la capacité à proposer de la musique africaine, alors que les grands diffusent des tubes anglo-saxons.

Les Africains ont fait de gros sacrifices pour profiter des communications modernes, puisque, selon l’ONU, jusqu’à 41 % du salaire moyen serait consacré à Internet et à la téléphonie, contre 2 % seulement chez les Européens. Dans le domaine économique, des dizaines de milliers d’emplois qualifiés ont été offerts ainsi que de grosses rentrées fiscales. L’Afrique possède les spécialistes capables de proposer des services adaptés à des besoins spécifiques auxquels les étrangers ne sauront pas répondre. Si la nouvelle vague des innovations présente bien quelques risques, dont celui de la monopolisation du secteur par les grandes compagnies, l’avenir se présente bien sous un jour favorable.

Jean Roch

EBITDA représente les revenus avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements.
2 Sources: Jeune Afrique, hors série n° 26 et Challenges n° 216, 10 juin 2010.