Que dit le F.M.I.?

« Résilience pendant toute la récession mondiale, une reprise économique qui se poursuit à un rythme soutenu ; quelques risques à la baisse ». Ainsi commence « Perspectives économiques régionales » d’octobre 2010, la publication semestrielle du Fonds monétaire international (FMI) sur l’Afrique subsaharienne. Cette note d’espoir vient après bien d’autres, depuis le début de l’année. Elle les confirme et y ajoute les conditions de prolongement et ne cache pas les risques qui découleraient d’une dégradation de la relance mondiale.

Ce rapport très approfondi aborde en fait, directement ou indirectement, tous les aspects de la vie des 44 pays, sans faire appel à des chiffres globaux, qui masquent la réalité. Il analyse les prix de l’essence, de l’alimentation, des élections ; les budgets disponibles pour l’éducation ou la santé, etc.... . Il insiste sur l’efficacité des politiques monétaires de la zone et consacre un tiers de ses pages à l’UEMOA. (Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain).

Pour cette année, le taux de croissance devrait atteindre 5 % et parvenir à 5,50 % en 2011, renouant ainsi avec les niveaux 2005 / 2008. La crise internationale a surtout touché les pays les plus engagés dans la mondialisation, notamment l’Afrique du Sud, qui a perdu un million d’emplois. « Rythme soutenu » dit le rapport, à condition que la croissance économique mondiale atteigne les chiffes prévus (4 à 4,5 %). Or il existe des risques de tension sur les marchés financiers, qui entraîneraient une diminution de la demande de pétrole et une baisse de la consommation mondiale.

Parmi les facteurs expliquant la résistance africaine, on note la réorientation des échanges commerciaux avec les nations les plus dynamiques (ceux avec la Chine ont quadruplé entre 2000 et 2009) ; la progression de la demande intérieure grâce à une classe moyenne grandissante et des politiques monétaires et budgétaires assez sages globalement et donc à maintenir en fonction de l’environnement mondial.

L'UEMEOA est en retard

carte UEMOA
Etats membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) © Wikipédia

Entre 1995 et 2009 le PIB par habitant a plus que doublé dans les pays les plus dynamiques, alors que celui du Burkina Faso, le plus performant de l’UEMOA, a augmenté de seulement 60 %. Ainsi en Afrique de l’Ouest francophone, le revenu moyen par habitant est le même qu’en 1980. Pourquoi ? Le rapport cherche des explications.

La comparaison est faite avec des pays non exportateurs de pétrole et qui ont connu une croissance de 3 % par an sur 14 ans. Il sont huit : Botswana, Cap-Vert, Ethiopie, Maurice, Mozambique, Rwanda, Tanzanie, Ouganda. Les causes de ce décalage sont diverses et complexes. D’une part les réformes macro économiques et structurelles commencent seulement à porter leurs fruits, l’instabilité politique a joué parfois (recul de 10 % en Côte d’Ivoire). D’autre part des insuffisances sont soulignées dans différents secteurs, pas les mêmes dans chaque pays : commerce, compétitivité (non liée aux prix), qualité des institutions, essor des marchés financiers, amélioration de la santé, de l’éducation, infrastructures.  

En Afrique subsaharienne, leur faiblesse est un frein à toute activité économique, sociale, politique. Dans l’UEMOA, c’est pire : 13 kilomètres de routes revêtues par millier de kilomètres carrés, contre 154 dans le groupe de référence ; 20 mégawatts d’électricité par million d’habitants, contre 57 et avec le coût le plus élevé d’Afrique. Les défaillances de l’électricité et des transports amputent la productivité des entreprises de près de 40 %. Elles proviennent pour partie d’installations de production électriques de trop petite taille, utilisant des techniques obsolètes. Dans les transports, faute de concurrence, des cartels se sont créés, avec des marges bénéficiaires atteignant 80 %, contre 20 à 60 % en Afrique australe. Un réseau routier déficient, des tarifs douaniers nationaux donc fréquents, des attentes anormales aux ports et aux frontières, de multiples contrôles maffieux sont invoqués pour justifier ces prix et bénéfices. En réaction, l’Union a déjà lancé un programme d’interconnexion électrique entre ses huit Etats membres et met en place un tarif douanier commun.

Pour combler les retards en infrastructures de base, il faudrait y consacrer, pendant 10 ans, 19 % du PIB de l’Union (le double de son effort actuel), qui se répartiraient entre l’énergie (7 %), l’eau et l’assainissement (6 %), les transports (3 %), les télécommunications (2 %), l’irrigation (1 %). Mais elle économiserait les 4 % de son PIB que lui coûtent les disfonctionnements actuels.

Le FMI inquiète. Peut-être exagère-t-il ? C’est peu probable, car ce qu’il écrit n’est pas toujours nouveau. Ses données chiffrées sont claires, par contre ses critiques et conseils aux gouvernements le sont moins, mais la langue de bois est comprise partout. L’important est d’en tenir compte.■

Robert Ginésy