Après les "BRIC", les "CiVETS"

Depuis longtemps, les pays émergents les plus importants se sont regroupés sous le sigle BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). D’autres pays récemment émergents, dits « moyens », viennent aussi de se regrouper sous le sigle « CIVETS », le nom anglais de la civette, petit animal qui produit le musc, un parfum très apprécié. Sept Etats en font partie : Colombie, Indonésie, Vietnam, Egypte, Turquie, Afrique du Sud. Ce regroupement a comme point commun une population jeune et nombreuse. Deux pays africains atteignent ainsi un niveau élevé dans l’économe mondiale.

Ce qui concorde avec la multiplication d’informations sur l’émergence africaine. Est-ce la découverte d’une situation déjà ancienne, comme le dit Jean-Michel Severino dans cette « Lettre », ou une appréciation positive d’un essor nouveau ? Peu importe. L’important est que cette unanimité perdure et que la croissance actuelle se perpétue. Nous retiendrons ce que disent ou écrivent la Banque africaine de développement, l’APIX (agence pour la promotion des investissements et des grands travaux) au Sénégal, la Francophonie et le cabinet Mac Kinsey.

Gisement de croissance

Selon ce dernier, « c’est un gisement de croissance », « à l’aube d’une croissance pérenne ». Cette appréciation figure dans une étude « L’heure des Lions » présentée le 15 septembre à Paris. D’après elle, les matières premières n’auraient contribué que pour 24 % à cette évolution. Elle voit comme « moteur d’une croissance robuste, des politiques macro économiques performantes, l’envolée du Bâtiment et Travaux publics, de la banque, des Télécom et l’émergence d’un marché de consommateurs », les classes moyennes.

Ce n’est pas tout à fait l’avis de la Banque africaine de développement qui, à la même époque, déclare que 80 % des exportations sont des combustibles, des matières premières et des produits agricoles pour une faible part. Elles ont été frappées par la crise en 2008/2009, car elles sont dirigées principalement vers des marchés en crise aussi, américains et européens. Elles ne trouvent pas à se placer sur le continent, dont le commerce interrégional ne représente que 10 % des échanges totaux. Prévisions qui supposent pour se réaliser la poursuite de la reprise mondiale et le maintien des prix des matières premières. Dans un continent en croissance prévue de 4,5 % en 2010 et 5,2 % en 2011, les régions ne sont pas au même niveau. L’Est vient en tête avec plus de 6 %, suivi du Nord et de l’Ouest(5 %) et 4 % au Centre et au Sud,qui ont été particulièrement touchés en 2009.

Enfin en septembre à Genève, en marge du Sommet des chefs d’Etat des pays francophones, s’est tenue une conférence sur la francophonie et l’économie. Elle a tenu compte, elle aussi, du consensus sur la réalité de l’émergence économique africaine.

L’investissement africain

En dehors de ces appréciations générales, dans les Etats apparaissent ce qui ressemble à un boom économique. Dans des villes comme Dakar, on constate un immense potentiel de consommation, grâce à la progression des classes moyennes - employés, cadres, banquiers, chefs d’entreprises - qui s’accompagne d’une montée dans les cimenteries, le bâtiment et la construction. Les investissements ne sont plus le seul fait des étrangers. Au Séné-gal, de 2006 à 2008, les investissements productifs sénégalais ont représenté 59 % contre 41 % pour ceux d’autres origines, africaines et hors continent.

Cette euphorie à propos de l’Afrique, s’inscrirait dans une euphorie mondiale, si la croissance du commerce international progressait de 13,5 points, comme le prévoit l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ces relations ayant repris plus rapidement que prévu, après la crise. Et ce sont les pays émergents et les pays en développement, qui entraînent l’ensemble avec 16,7 % contre 11,5 % pour les pays industriels. Il faut se rappeler qu’en 2009 ce commerce avait enregistré une baisse de 12,2 %. Si ces prévisions se réalisent ce serait l‘expansion la plus rapide enregistrée depuis 1950. Ces pourcentages sont basés sur les résultats du premier semestre 2010 et tiennent compte d’un ralentissement au second, surtout dans les pays développés.

S’il faut se réjouir, il n’y a pas lieu de pavoiser, car ces bonnes nouvelles, réelles, résultent d’une globalisation des chiffres. C’est ainsi que l’Afrique est le continent où le taux de progression de la scolarité est le meilleur... mais d’où partait-il ? Etant donnée la diversité de l’Afrique noire, toutes les niches à pauvreté, encore existantes, vont se manifester pour que les responsables, en Afrique et ailleurs, ne les oublient pas.■

Robert Ginésy