La sécurité alimentaire, une grande préoccupation

La « sécurité » ou « souveraineté » alimentaire a été au coeur de plusieurs manifestations et déclarations en Afrique de l’Ouest, durant le mois de mai. A la suite des désordres de 2008, provoqués par l’enchérissement des aliments importés, la perspective de prix mondiaux relativement élevés laisse à l’agriculture africaine la possibilité d’être compétitive.

Le ROPPA change de président

« Comment assurer la souveraineté alimentaire dans un contexte de pression croissante sur les ressources naturelles » était à l’ordre du jour de la cinquième convention du « Réseau des organisations paysannes et des producteur s agr i coles de l ’Af r ique de l’Ouest » (ROPPA) qui s’est tenue à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, du 5 au 7 mai. Elle a rassemblé les représentants des organisations membres du Roppa, des bailleurs de fonds, des ONG, des consultants : soit centvingt personnes. Ce fut la première depuis quatre ans. Cette véritable institution professionnelle, qui a déjà 10 ans, était pratiquement entre les mains du Sénégal, parce que l’un de ses créateurs et son président d’honneur, était le Sénégalais Mamadou Cissokho1. La gestion de l’équipe en place a été très critiquée, notamment par le Niger. Il fallait rénover son fonctionnement. Un Nigérien a été élu à la présidence. Or la Côte d’Ivoire y comptait bien et elle a considéré cet échec comme un affront. Il y a désormais cinq viceprésidents : Côte d’Ivoire, Mali, Sierra Leone, Sénégal et Guinée (une femme). A l’occasion de cette convention, on a rappelé aux gouvernements des 13 pays (avec le Liberia nouvellement admis) auxquels appartiennent les membres du Roppa, qu’ils s’étaient engagés, il y a 10 ans, à Maputo, dans le cadre de l’Union Africaine, à consacrer 10 % de leur budget à l’agriculture. Or rien n’est venu.

Outre des risques de tension interne avec la Côte d’Ivoire, ce désaccord du ROPPA avec les Etats, se double au Sénégal du refus du « Conseil de concertation et de coopération des ruraux » (CNCR), créé aussi par M. Cissokho, de se fondre dans le « Syndicat national des agriculteurs, éleveurs et pêcheurs » (Synaep, baptisé « japando », soit « solidarité » en wolof), créé par le gouvernement comme interlocuteur unique des pouvoirs publics. D’ores et déjà le Synaep devrait être impliqué dans la distribution des intrants et du matériel agricole pour la prochaine campagne, ce qui va le rendre incontournable. Lors de l’ouverture du siège du Syndicat, son président a lié la promotion de la profession de paysan à l’acceptation de consommer les produits du terroir, attitude nécessaire pour lutter contre les importations.

Les Etats et le NEPAD

La sécurité alimentaire a été également à l’ordre du jour de la rencontre des ministres de l’agriculture de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest - 15 Etats), qui ont examiné les modalités de mise en place des « Programmes nationaux d’investissement agricole », destinés à augmenter les productions locales pour l’alimentation humaine.

Par ailleurs, alors que la sécheresse suscite des inquiétudes dans l’Est de la région (Niger, Burkina-Faso, Tchad) et qu’elle a déjà fait des dégâts en Inde, le secrétaire exécutif du « Comité inter-Etats de lutte contre la sècheresse au Sahel » (CILSS) rassure sur la capacité du Sahel à nourrir sa population.

Mais il faut mettre en place un réseau de gestion des stocks nationaux pour aboutir à un stock régional, ce qui suppose une vraie solidarité pour soutenir les populations des zones de sècheresse, notamment les pasteurs. De même au Burkina-Faso, des organisations de la société civile réunies dans une « Coalition », réfléchissent à la mise sur pied d’une plate-forme sur la souveraineté alimentaire pour aider les petits producteurs à faire face à l’insécurité alimentaire.

Enfin en avril à Ouagadougou, le Secrétariat du NEPAD, devenu l’« Agence de planification et de coordination du NEPAD » (APCN) a lancé officiellement le « Réseau africain d’expertise en biosécurité » en présence d’une centaine de personnalités scientifiques et politiques de 17 pays du monde. Sous cette nouvelle appellation d’« Agence » au lieu de « Secrétariat », le NEPAD devrait devenir plus opérationnel, car il est désormais le bras technique de l’Union africaine. La sécurisation des biotechnologies doit en assurer une « utilisation intelligente », face à la pression démographique et aux changements climatiques.

La diversité des lieux et organismes où la sécurité alimentaire a été évoquée traduit une préoccupation généralisée. Il semble que Etats, professionnels de l’agriculture africaine ou non, bailleurs de fonds, société civile cherchent à améliorer les systèmes actuels et à inventer de nouvelles voies techniques et administratives, pour profiter d’un contexte mondial favorable.■

Robert Ginésy

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1« La Lettre de la CADE » n°124. p. 8 « Dieu n’est pas un paysan »