Chine - Afrique : gagnant - gagnant ???

l y a dix huit mois, la rencontre débat de la CADE sur la Coopération sino-africaine s’interrogeait : partenariat équitable ou exploitation ? (1) La question reste posée après le Forum sur la coopération sino-africaine, qui s’est tenu à Charm-el-Cheikh les 8 et 9 novembre. Mais ici la Chine a apporté sa réponse par la voix de son Premier ministre Wen Jiabao : « L’Afrique abrite un septième de la population mondiale, son développement est indispensable à celui de l’économie mondiale. Le soutien de la Chine au développement de l’Afrique est réel et solide et les aléas du monde ne changeront rien à notre amitié avec le peuple africain… . Elle invite la communauté internationale à mieux réaliser l’urgence de soutenir un développement de l’Afrique de façon plus authentique et efficace ».

Les promesses

Sur trois ans, 2010 – 2012, la Chine compte octroyer I0 milliards de dollars de crédits bonifiés et annuler la dette des Etats les plus endettés, en fait les pays les moins avancés (PMA).

1 milliard sera consacré à inciter les institutions financières chinoises à aider au développement des PME africaines. Pour accroître la productivité de l’agriculture africaine et lutter contre l’insécurité alimentaire, elle enverra chaque année pendant trois ans, 50 équipes scientifiques et formera 2.000 professionnels agricoles. Les centres pilotes de technologie agricole sur le continent passeront de 10 à 20. Les experts chinois apporteront- ils « un transfert vertical de connaissances du haut vers le bas » ou tiendront-ils compte des objectifs des paysans, comme le voudrait Mamadou Cissokho dans « Dieu n’est pas un paysan » ? La Chine facilitera l’accès des produits africains au marché chinois en réduisant les droits de douane, parfois jusqu’à 0 %. Contre le paludisme, elle accordera 72 millions de dollars à 30 hôpitaux et 30 centres de traitement. Elle construira 50 écoles et formera 1.500 instituteurs. D’ici à 2012, il y aura 5.500 bourses d’étude. Elle accueillera 100 doctorants africains qui poursuivront leurs recherches en Chine, afin de transmettre ensuite leur savoir dans leurs pays respectifs.

Elle assistera les pays africains dans le développement de leur surveillance météorologique par satellite et dans la recherche de nouvelles sources d’énergie. Elle promet de conduire 100 projets d’énergie propre.

Appréciations réservées

Que faut-il penser de ces effets d’annonce ? Les réactions sont mitigées. L’agence de presse sénégalaise invite l’Afrique à vérifier les intentions que cache l’offensive de charme chinoise.

Par contre le Programme alimentaire mondial a tout de suite réagi favorablement à cette réunion, qui, estime-t-il, souligne le rôle crucial des investissements dans l’agriculture et les infrastructures pour assurer la sécurité alimentaire. Il se réfère aux succès de la Chine dans la lutte contre la malnutrition de sa population, démontrant que la famine peut être battue en une génération.

Globalement sur la présence chinoise grandissante en Afrique, les réserves semblent augmenter. Pour la première fois, un Etat, le Nigeria, a refusé en septembre un contrat de vente de 6 milliards de barils pour 20 milliards d’euros.

Avec 4,8 % de la production mondiale, la Chine ne couvre pas la moitié de sa consommation, qui ira en croissant. Elle importe 39 % du Moyen-Orient et 27 % d’Afrique. Elle a donc besoin du continent pour diversifier ses approvisionnements.

Un avis favorable vient du Centre d’études chinoises en Afrique du Sud. Selon lui tous les pays africains connaîtront une croissance cette an née, grâce à la demande chinoise en matières premières, sauf en Afrique du Sud où celle-ci ne compensera pas la concurrence des entreprises chinoises dans le textile et l’industrie manufacturière.

De son côté, l’ONG « South African Institute of International Affairs » (SAIIA) a étudié les investissements chinois. Selon elle, ils ne sont pas transparents, ils violent la réglementation du travail et de l’environnement. En effet, la plupart du temps, les entreprises ayant obtenu un marché font les travaux avec leur propre personnel, c’est un manque à gagner pour l’économie locale. En outre, ces entreprises peuvent accepter des prix d’adjudication très bas par rapport à leur coût de revient, la différence étant prise en charge par l ’Etat chinois au titre de la coopération.

En fait, l’Afrique a besoin de la Chine comme marché et comme investisseur, car les Occidentaux ne répondent pas à toutes ses attentes. A condition, alerte l’Union Africaine, de ne pas sortir d’un néocolonialisme pour tomber dans un autre.

L’idéal serait que tous les Chinois raisonnent comme cet industriel, qui a créé à Pékin l’association TouchAfrika et organisé une semaine africaine. « Le continent, dit-il, se bat pour sauvegarder son art et sa culture, il faut le protéger comme un trésor, pour ne pas nous couper de nos racines ».

Robert Ginésy

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(1)
La Lettre de la CADE, n°112, juillet 2008.