Des surprises et des interrogations

A la veille du Sommet des institutions financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international FMI) qui s’est déroulé à Washington les 26 et 27 avril, les ministres des finances du G 7, qui représentent leurs pays à ces assemblées, ont mis en doute les prévisions alarmistes émises par le FMI à propos des banques. Selon lui, elles vont perdre 4.000 milliards de dollars. Ce chiffre serait basé sur de mauvaises méthodes de calcul, disent les ministres membres du FMI. En outre, ils évoquent, tous d’accord pour la première fois, des signes de stabilisation de la crise et un redressement de l’économie d’ici fin 2009.

Ce genre de contradiction ne devrait pas surprendre, car les experts sont souvent en désaccord. Mais s’agissant en fait de la vie du monde, certains diraient que « ça fait désordre ». Autre désordre, heureux celui-là. Les faits ont démenti d’autres prévisions alarmistes concernant d’une part les transferts des migrants, d’autre part l’évolution de l’Aide publique au développement (APD).

De bonnes surprises

Le ministre sénégalais de l’Economie et des Finances vient de déclarer : « Je voudrais démentir une information qu’on a souvent donnée et à laquelle nous avons tous cru. Il n’y a pas de baisse des transferts des émigrés… il y a même une augmentation … en tout cas pour le moment ». Le FMI avait prévu en 2008, pour le Sénégal, 400 milliards de FCFA de transfert, contre 555 réalisés en provenance d’Europe et des Etats- Unis. Encore faut-il connaître les raisons de cette inversion, car elles apporteront, sans doute, un éclairage nouveau sur les motivations des migrants.

Quant à l’aide au développement, c’est l’OCDE elle-même qui l’assure : en 2008 elle a été à son plus haut niveau. Selon le Comité d’aide au développement (CAD), elle aurait atteint 120 milliards de dollars, soit 0,30 % du revenu brut de l’ensemble des pays membres du CAD. Compte non tenu de l’allègement de la dette, l’Afrique subsaharienne aurait reçu 22,5 milliards de dollars, en hausse de 10 % sur l’année précédente. Parmi les cinq plus gros donateurs, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon ont majoré leur appui d’un pourcentage allant de 38 à 12 %, mais pas la France. Elle serait la seule à confirmer ce qui était unanimement annoncé, que la crise limite les ressources budgétaires. Contre toute attente, les diverses promesses d’augmentation de l’aide, notamment celles faites au G7 en Ecosse en 2005, pourraient être respectées. Car, en dollars constants de 2004, cette augment at ion demanderai t « seulement » 20 milliards de dollars de plus en 2010. Il reste à s’assurer que ces chiffres et cette tendance seront confirmés.

Du concret

Autre bonne nouvelle, qui n’est pas une prévision, mais une réalité. La Société financière internationale (SFI) a promis 5 milliards de dollars de prêts pour stimuler le commerce en Afrique subsaharienne. L’opération « Global Trade Liquidity Programme » a déjà commencé à apporter aux banques africaines les fonds qui leur manquent actuellement pour financer l’économie. Les prêts seront accordés « de manière responsable, en tenant compte du contexte économique et financier ambiant ». Ils sont particulièrement destinés au commerce entre pays africains et avec le Brésil, l’Inde et la Chine. Ils devraient générer des transactions d’un montant global pouvant atteindre 50 milliards de dollars.

Des interrogations

L’avenir n’est pas pour autant dégagé. Le rapport du FMI sur l’Afrique, publié le 25 avril, alerte les Etats du sous-continent sur les menaces que la crise fait peser sur la croissance, seul moyen de lutter contre la pauvreté. Or elle ne devrait pas dépasser 2 % cette année, contre 6 % l’an dernier. Le FMI recommande de fuir les mesures protectionnistes et de penser à la dévaluation. « La monnaie devra se déprécier dans les pays où les termes de l’échange se sont détériorés… Lorsqu’il y a rattachement du taux de change, on pourrait envisager de l’assouplir ». La parité franc FCFA / euro est donc visée.

Dans cette actualité, on ne voit pas la concrétisation des mesures décidées le 2 avril au G 20. Il y en a, mais c’est difficile. D’une part, le FMI voudrait vendre 6 milliards de son stock d’or au profit des pays les plus pauvres. Mais au sein de l’institution, tout le monde n’est pas d’accord. Il faudra donc attendre un peu. D’autre part, il faut trouver les 500 milliards de dollars supplémentaires accordés au FMI à Londres. L’Europe, le Japon, les Etats-Unis ont promis chacun environ 100 milliards. La Chine envisage 40 milliards et la Suisse dix. On cherche les compléments.

Et c’est le secteur privé qui apporte une lueur d’espoir dans ce contexte. Le nouveau président du CIAN (Conseil français des Investisseurs en Afrique) Alexandre Vilgrain, affirme, parce qu’il le constate, que le risque financier africain est moins important que le risque américain ou européen. C’est un appel aux IDE, les investissements directs étrangers.

Robert Ginésy