La troisième vague

« Après avoir d’abord frappé les pays avancés, puis les pays émergents, la crise financière mondiale touche aujourd’hui, dans une troisième vague, les pays les plus pauvres et les plus vulnérables du monde » a déclaré le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) lors de sa rencontre avec les dirigeants africains à Dar-es-Salam les 10 et 11 mars 2009. Cette réunion a permis au continent de faire part de ses préoccupations en vue du Sommet du G 20 le 2 avril.

A Londres, il y aura l’Afrique du Sud qui fait partie du G 20 et, à l’invitation du premier ministre britannique, Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine et le premier ministre éthiopien. Ils auront une lourde tâche. Les Africains espèrent se faire entendre par la voix des médias internationaux : presse écrite, radio et télé. Il semble aussi que les institutions de Bretton Woods, dont l’Afrique n’a pas toujours eu à se louer, veuillent les aider. Dominique Strauss Khan propose que le 2 avril « la communauté internationale apporte son aide au continent africain » et la Banque mondiale appelle « les pays riches à consacrer 0,7 % du montant de leurs plans de relance pour soutenir les plus démunis ». Le FMI, qui voudrait profiter du Sommet pour obtenir le doublement de son capital, craint les conséquences humanitaires de la crise pour les 390 millions d’Africains qui vivent dans la pauvreté et il estime qu’il faut 25 milliards de $ pour aider les 22 pays les plus vulnérables. Le revenu par habitant du continent pourrait diminuer de 20 %. Ces chiffres et pourcentages ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais ils indiquent une tendance, qui, elle, est bien réelle.

• Réactions africaines

Heureusement les pays réagissent. Face au danger, les chefs d’États de l’Union économique et monétaire de l’Ouest africain (UEMOA) réunis à Ouagadougou le 17 mars, se sont préoccupés de mesures pour atteindre l’autosuffisance alimentaire en 2015 et assurer la sécurité énergétique de la région. Plus important encore, selon le président de l’UEMOA, ce fut une prise de conscience de la nécessité de « la construction et du renforcement de notre intégration » pour résister « aux violents chocs exogènes ».

Par ailleurs les ministres et experts de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se sont réunis à Douala du 4 au 6 mars pour sauver le secteur minier, diamant et pétrole notamment, et la filière bois. Les six pays membres souffrent de la contraction de la demande en provenance des pays industrialisés. Les recommandations adoptées concernent des allègements fiscaux, une réduction des taux d’intérêt bancaires et un assouplissement des formalités relatives aux entreprises.

• Les souhaits des institutions financières

Au niveau international, dans sa séance du 24 mars, le conseil d’administration du FMI a décidé une refonte de ses instruments de prêts, valable pour tous pays. Cette réforme comporte une modernisation de la conditionnalité des emprunts et d‘autres dispositions les rendant plus accessibles.

De son côté, la Banque mondiale veut aider les pays africains à faire face à la crise et à compenser les crédits qui vont leur manquer par suite de la réduction des investissements étrangers (IDE) et des transferts des migrants. Elle consacrera à cette action 9 milliards de $ en 2009 au lieu de 7,8 en 2008, les secteurs prioritaires étant l’agriculture et les infrastructures. Dans une conférence de presse tenue à l’Agence française de développement (AFD) à Paris, Shanta Devarajan, économiste en chef pour l’Afrique, a précisé les modalités de ce soutien. Les pays d’Afrique subsaharienne à aider sont répartis en quatre catégories, selon leur situation économique actuelle et l’urgence à intervenir. L’ « impact » de l’action de la Banque sera « immédiat » aux Comores, en RDC (100 millions de $ de crédits d’urgence déjà accordés), au Ghana, en Guinée, au Kenya, aux Seychelles et au Soudan, qui bénéficieront d’un déboursement rapide d’assistance financière. L’impact sera aussi « immédiat » à Maurice, à Säo Tomé e Principe et en Zambie pour une augmentation des opérations en cours, une possibilité de plan de relance et un dialogue avec la société civile. L’impact sera « à court terme » au Burundi, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, en Guinée-Bissau, au Liberia et en Sierra Leone. Il comportera une assistance financière et technique visant à atténuer les déséquilibres macroéconomiques. Enfin, quatrième catégorie, lorsque la situation économique est jugée moins mauvaise, l’impact « à court terme » sera adapté aux besoins : Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cap Vert, Lesotho, Nigeria, Swaziland.

A Washington en novembre dernier, le G 20 avait décidé du principe de réformes pour la régulation et la surveillance des marchés financiers et des paradis fiscaux, pour une relance de l’économie par des mesures budgétaires et pour une aide plus large du FMI. Lorsque vous lirez ces lignes, rédigées avant le 2 avril, vous saurez comment les principes sont passés dans la réalité.■

Robert Ginésy