Dévalorisation des matières premières

En contrepoint traditionnel du Forum économique mondial tenu à Davos en Suisse début février, le Forum de Bamako s’est déroulé du 18 au 21 du même mois. Il avait pour thème : « La gouvernance mondiale et la gouvernance institutionnelle, l’anthropologie et la gouvernance ». A cette véritable institution alter-mondialiste, datant de 2001, se trouvaient, aux côtés des militants, des représentants de la CNUCED (Commission des Nations Unies pour le commerce et le développement), de l’AFD (Agence française de développement), un ancien ministre et des universitaires français. Des réformes drastiques de l’économie planétaire ont été proposées et, pour l’immédiat, la gravité de la crise dans beaucoup d’Etats africains a été soulignée.

• Le commerce contre la crise

Au Forum de Davos étaient présents des représentants des dix-huit membres majeurs de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et notamment le Groupe des sept pays les plus influents dans le cycle de Doha : les Etats-Unis, le Japon, l’Union européenne, l’Australie, le Brésil, l’Inde et la Chine. Leurs ministres du commerce se sont réunis à propos de ce cycle, qui doit aboutir à une nouvelle étape de libéralisation du commerce mondial. Ils estiment que, pour faire avancer les négociations enlisées depuis des mois par suite de l’opposition Nord - Sud, plusieurs réunions ministérielles seraient nécessaires cette année : une avant le G 20 d’avril, puis en juin, juillet et après les vacances. Le directeur général, Pascal Lamy, a souligné que « l’ouverture du commerce n’est pas parmi les causes de la crise », mais qu’elle aurait au contraire un effet multiplicateur pour réaliser le redressement économique espéré.

• Les minerais

Comme le constatait déjà il y a trois mois La Lettre de la CADE, la crise arrive en Afrique « par des voies détournées mais appauvrissantes ». Les minerais, le pétrole et même le coton subissent les effets de l’atonie de l’économie. Le pétrole joue au yo-yo, le coton est moins demandé. Les prix des matières minérales ont baissé de près de 50 % en moyenne, d’où un manque à gagner considérable pour les budgets des Etats. Ces prix étaient un peu surévalués ces dernières années, car il fallait amortir des investissements négligés dans le passé et répondre à une forte croissance. Ils sont aujourd’hui nettement sous-évalués car la crise mondiale a fait fondre les besoins. La bauxite, le cobalt, le cuivre, le fer, le manganèse, l’uranium sont les plus concernés. Le cuivre baisserait de plus de 60 %. C’est grave pour la Zambie, mais aussi en RDC. Au Katanga, on prévoit plus de 200.000 chômeurs, tandis que plus de la moitié des sociétés exploitantes du cuivre et du cobalt sont déjà parties. Pour l’uranium, Areva dit ne pas vouloir ralentir la production au Niger, en République Centre Africaine et en Namibie, mais les prix de vente seront divisés par deux. La chute du minerais de fer (60 %) touche la Mauritanie, le Sénégal, où un projet d’aciérie est en suspens, le Gabon où le manganèse fléchit aussi de 60 %. En Guinée, c‘est la bauxite qui doit perdre 60 %. Ces nouveaux prix sont inférieurs aux coûts de production, d’où réduction, voire cessation d’activité dans de nombreux cas. Les budgets des Etats pâtissent directement de cette situation, car les recettes d’exportation diminuent de 20 à 30 %.

• La menace du protectionnisme

Face à ces sombres perspectives, retenons quelques informations plus optimistes. Localement l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) poursuit son programme économique régional 2006 - 2010 de 4 milliards d’euros dont 70 % pour les infrastructures. Au plan général la Banque mondiale envisage un rebond en 2010, après un recul du PIB des pays développés de près de 1 % en 2009 et une progression dans les pays en développement inférieure à 5 %. De son côté, le directeur général du Fonds monétaire international, qui avait prévu dès mars 2008 que l’Afrique serait touchée par la récession, considère que la menace du protectionnisme hypothèque une éventuelle reprise.

Dans une interview à un journal malgache, Dominique Strauss-Kahn exhorte les Etats à bien coordonner leurs réponses à la crise et à éviter tout protectionnisme. Chaque pays qui tenterait de s’en sortir seul risque de créer des problèmes aux autres. Pour lui les plans de relance, notamment au Japon et en Europe, manquent d’ampleur. Quant au système financier mondial, « il n’est  pas encore sain …. il faut fermer certaines banques trop déstabilisées…. il faut aller au bout du nettoyage du bilan des banques et ça ne va pas assez vite ».

La diminution de la manne pétrolière et minérale sera-t-elle absorbée uniquement par les utilisations dérivées qui en étaient faites, ou bien, une fois de plus, les populations en subiront-elles les conséquences ?

Robert Ginésy