Appuis à l'agriculture vivrière

Depuis quelques mois, l’agriculture vivrière revient, pourrait-on dire, à la mode pour l’Afrique. Elle préoccupe les instances officielles internationales et européennes, les gouvernements africains ainsi que certains organismes privés.

Le public revient

C’est un des premiers objectifs de la Banque mondiale pour 2008 / 2009. De son côté, l’Union européenne a prévu d’accorder un milliard d’euros à ce secteur. Les gouvernements africains réagissent à leur manière. La plupart ont apporté une aide à la production, mais pas aux intrants, pourtant fondamentaux, et ont aménagé les tarifs douaniers sur les importations alimentaires. Le Sénégal a lancé un plan d’aide et demande aux pays du Nord, non de l’argent mais des semences et des engrais. Le Kenya veut consacrer 10 % de son budget à l’agriculture, contre 4,5 % actuellement. Il a déjà investi 165 millions de dollars dans l’irrigation, aidé par la Banque africaine de développement et le Fonds international pour le développement agricole.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a adopté en 2005 sa Politique agricole commune à mettre oeuvre d’ici le mois de mars 2009. Début janvier, lors d’une rencontre à Dakar entre administratifs et organisations paysannes, la composante « Développement durable des exploitations agricoles » du Programme régional d’investissement agricole (PRIA) a été lancée. Elle comprend la gestion intégrée de la fertilité des sols et le renforcement des services régionaux d’appui aux producteurs. Il a fallu d’abord tirer les leçons des expériences passées et élaborer une approche régionale pour l’amélioration, la restauration et le maintien de la fertilité des sols. L’étude a porté sur dix des quinze pays de la CEDEAO, qui ont des caractéristiques diverses (sahéliens, côtiers, francophones, anglophones…), afin d’élaborer un programme valable pour l’ensemble de la région. La prochaine étape sera le plan d’investissement.

Le privé apparaît

Le secteur privé apparaît de plus en plus dans ce secteur. Les associations regroupant les acteurs de la filière agroalimentaire, du paysan à l’industriel et au commerçant, incitent à investir. En décembre 2008, une conférence internationale tenue à Paris a regroupé près de 300 personnes venant de 50 pays à l’initiative de plusieurs organisations, dont la FARM (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde). L’Agence française de développement (AFD), l’Institut national de reche rche agronomique (INRA), le Centre international de recherche agriculture et développement (CIRAD), la Commission de Bruxelles étaient présents. Michel Barnier, ministre de l’agriculture, a officialisé le constat que « les producteurs africains n’ont pas profité de la hausse des prix, mais ont pris de plein fouet la hausse des intrants ».

Les causes de la crise alimentaire mondiale, caractérisée par une flambée brutale des prix, suivie maintenant d’une baisse relative, ont été analysées... La principale est la tension entre l’offre et la demande. Depuis plus d’une dizaine d’années, on n’a pas investi dans l’agriculture. Or, la croissance démographique et l’élévation des niveaux de vie ont augmenté la consommation. Lentement les stocks se sont érodés et la demande n’a pu être satisfaite, d’où hausse des prix. La spéculation et les conséquences de la réduction des emblavures alimentaires pour produire des biocarburants s’y sont ajoutées, mais à des niveaux non déterminants. Une grande volatilité des prix s’est installée et durera sans doute autant que les fluctuations des prix du pétrole. Pour faire face à ces perspectives risquées, la conférence a conclu à la nécessité impérative d’investissements tant publics que privés ou en partenariat. Comme on l’a vu, ils commencent à se mettre en oeuvre.

Du côté du privé, la FARM, en mai 2008, a lancé une initiative d’aide aux producteurs. 350 familles se sont engagées et leurs perspectives de récolte ont augmenté de 50 à 100 %,la production assurera les besoins alimentaires de 22.000 personnes. En vue de la campagne 2009, elle envisage d’appuyer 8 à 9 projets suffisamment à temps pour que les paysans puissent commander les engrais et les matériels nécessaires. Ils se situeraient au Bénin, Burkina-Faso, Mali, Niger, Madagascar, Sénégal, Tchad, Togo.

Ces efforts d’origines diverses devraient permettre une revitalisation de l’agriculture pour que ces pays soient en état de profiter des conclusions optimistes d’un organisme canadien présent dans la région. Selon le CECI (Centre d’étude et de coopération régionale), la crise alimentaire peut favoriser l’agriculture en Afrique de l’Ouest, à condition de mieux organiser la politique agricole.

Le CECI intervient en tant que conseiller en commercialisation auprès de 8.000 riziculteurs au Sénégal. Leur riz est concurrencé par les productions asiatiques, pour son prix et sa qualité, mais il est plus nutritif. Or le coût élevé des importations donne sa chance aux producteurs locaux, qui envisagent d’ailleurs d’exporter d’ici deux ou trois ans.■

Robert Ginésy