La crise arrive

A la veille du Sommet du G 20 à Washington, les ministres des finances et les directeurs de banques centrales africaines se sont rencontrés à Tunis du 12 au 14 novembre. L’objectif était d’apporter une réponse africaine à la crise financière mondiale et de présenter une position commune. Elle ne sera toutefois pas officiellement prise en compte à Washington, puisque l’Afrique du Sud participe à titre individuel comme « pays émergent ». L’Afrique est donc sous représentée (l’Amérique latine et l’Asie comptent plusieurs « pays émergents » présents au G20). L’Union Africaine n’est pas invitée et son président David Sassou N’Guesso n’a pas apprécié.

Selon le président de la Banque africaine de développement, organisatrice de la réunion, la crise en Afrique n’est pas due aux réseaux bancaires « relativement solides ». Si « les risques à court terme restent relativement limités », la menace pèse sur la croissance, dont les prévisions sont déjà à la baisse : 5 % au lieu de 6,5 %. Il souligne que « l’Afrique doit compter sur elle-même pour trouver des solutions à cette crise », qui apparaît maintenant dans certains domaines. L’intégration régionale est une réponse : elle agrandirait la taille des marchés nationaux et offrirait plus d’opportunités d’exportations. Mais elle suppose une infrastructure de base moderne et performante et une harmonisation du système bancaire et financier.

La BAD consacre chaque année quatre milliards de dollars à ces infrastructures et elle va augmenter son effort vers les projets intégrateurs qui concernent cinq domaines prioritaires, selon elle : infrastructures, gouvernance, secteur privé, agriculture, éducation supérieure et technique.

Trois secteurs touchés

La plus impliquée dans la mondialisation, l’Afrique du Sud subit le choc de la baisse généralisée de la Bourse. Ici les sociétés cotées sont le plus souvent sous le régime du Black Economic Empowerment (BEE), qui, après l’apartheid, voulait responsabiliser les Noirs. Pour obtenir des contrats avec la puissance publique, elles devaient accorder 25 % de leur capital à des investisseurs noirs. Ce qui fut le cas général. Mais ces investisseurs ont le plus souvent souscrit des emprunts pour payer leur part. Aujourd’hui, voyant leurs actions s’effondrer, ils craignent de ne plus pouvoir rembourser leurs prêts. Ils risquent donc de vendre. Ce qui serait d’autant plus préjudiciable que nombre d’investisseurs étrangers ont déjà retiré près de 4 milliards de dollars en septembre. On cherche des solutions qui ne pénalisent pas les investisseurs blancs, en offrant, par exemple, à ces actionnaires inquiets, des actions supplémentaires à des prix motivants, une fois la tempête boursière passée.

Moins sophistiquée, mais plus répandue, notamment en Afrique de l’Ouest, la baisse annoncée pour 2009 des envois de fonds en provenance de l’étranger. Selon la Banque mondiale les transferts des migrants devraient diminuer de 1 % entre 2008 et 2009, voire davantage. Ils avaient progressé de 11 % entre 2006 et 2007 et cette année-là l’Afrique de l’Ouest avait encaissé 19 milliards de dollars, soit 2,5 % de son PIB, dont 3,3 milliards au Nigeria, 1,3 au Kenya, 0,9 au Sénégal. Ces prévisions sont fondées sur la situation économique dégradée des pays d’accueil et sur le durcissement annoncé des mesures de contrôle.

Autre conséquence pour tout le continent cette fois: le milliard d’euros, promis à l’Afrique par l’Union Européenne, en utilisant les fonds non dépensés dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) ne sera peut-être pas versé. Les États membres invoquent des difficultés de procédure pour accumuler les retards. Le commissaire au Développement, Louis Michel, s’en est agacé et a traité ces réticences de « prétextes spécieux ». Ces fonds sont cette année moins importants que précédemment, mais ils seraient bien accueillis en Afrique.

Un coup de frein ?

Ainsi la crise touche l’Afrique subsaharienne par des voies détournées, mais néanmoins appauvrissantes. Le G 20 créé en 1999, réunit les ministres des finances et les gouverneurs des Banques centrales. A Washington ils étaient 22 : 10 pays industrialisés et 12 « pays émergents ». Le Brésil préside cette année. Les décisions prises concernent tous les secteurs mis en cause : régulation et surveillance des marchés financiers et des paradis fiscaux, effacement du G 8 au profit du G 20, relance de l’économie mondiale par des mesures budgétaires, aide plus large du FMI. Les principes posés, leur mise en oeuvre dépend de chaque État. Malgré les apparences, il n’y a évidemment pas eu unanimité entre des nations aussi diverses. Que vont-elles faire ? Si les lobbies menacés ne font pas obstacle à ces réformes, elles constitueront un sérieux coup de frein aux excès du libéralisme. En mars 2009 le même Groupe dressera un inventaire du « réalisé ».

Robert Ginésy