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L'entreprise privée en Afrique

800 décideurs, experts et chefs d’entreprise, de 50 pays ont participé au 18ème Forum économique mondial, qui s’est tenu les 5 et 6 juin au Cap. Plusieurs chefs d’Etat africains étaient présents. Ils ont dit leur optimisme quant à l’avenir de l’Afrique. Pour le président du Ghana, le continent présente d’énormes opportunités et avec le temps les Africains peuvent former un bloc puissant. Pour le président du Burundi, l’Afrique est un continent riche, qui n’a pas le droit d’être pauvre. Après quatre années à 5 %, la croissance économique devrait atteindre 6,2 % en 2008. Les risques n’ont pas été oubliés : instabilité politique, insécurité alimentaire, chocs économiques à l’étranger, changements climatiques.

Avec ces réserves, la tendance est à l’optimisme, au niveau officiel du moins. Mais le 19ème rapport annuel du Conseil français des investisseurs en Afrique noire (CIAN) souligne l’opportunité d’investir dans un continent qui « séduit malgré ses vieux démons ». La preuve la voici : 36 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE), soit pratiquement le double de 2004.

Contre la corruption

Un bémol quand même. Les 400 entrepreneurs français qui ont répondu au questionnaire du CIAN constatent « une image très moyenne et souvent médiocre » du climat des affaires. Au Nord et au Sud du continent les contrôles administratifs et fiscaux ne posent pas de problèmes majeurs ; mais entre les deux, à l’Ouest et au Centre, c’est presque un harcèlement fiscal. Il tend à remplacer les actes de corruption, plus contrôlée qu’avant. Le rapport souligne l’insuffisance des infrastructures routières et ferrées, mais les infrastructures relatives au trafic maritime et aérien sont convenables.

Ces contraintes n’empêchent pas les affaires de marcher. En Côte d’Ivoire, ans cinq ans après les événements, le chiffre d’affaires repart et les intentions d’investir ont augmenté de 20 % entre 2006 et 2008. Au prix d’efforts de gestion, les activités sont prospères avec la promesse des richesses naturelles et humaines du continent, facteurs de croissance.

Dans une interview, Antony Bouthélier, Président délégué du CIAN, affirme que si l’entrepreneur prend des risques, il a besoin de la visibilité qu’apporte l’Etat de droit. Il ajoute en substance que, « selon l’ONU, 400 milliards de dollars ont été détournés d’Afrique en 30 ans. En envoyant leur fortune à l’étranger ces présidents prédateurs montrent qu’ils n’ont pas confiance en leur pays, message très négatif pour les investisseurs. L’aide de la France à certains prédateurs la rend impopulaire dans les populations, ce qui peut se retourner contre les entreprises françaises qui ont besoin d’être acceptées. L’APD ayant échouée, il faudrait une nouvelle répartition des rôles entre diplomates et entreprises, pour une concertation en amont sur les choix des investissements ».

Les PME africaines

De leur côté, les entreprises africaines, ou nées en Afrique, vont bénéficier des deux milliards d’aide publique, qui leur seront apportés en cinq ans par le canal de la Proparco, filiale spécialisée de l’Agence française de développement (AFD). Cette dernière a lancé, il y a 3 ans, un fonds de garantie « ARIZ », qui partage les risques à 50 % avec les banques locales. Fort de cette expérience « ARIZ 2 » devrait couvrir en cinq ans plus de 750 millions d’euros d’encours de garantie, qui permettra de soutenir chaque année environ 400 entreprises et créer ou maintenir, à terme, plus de 60.000 emplois. Il sera mis en place progressivement. Une première vague pourrait comprendre Madagascar, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Cameroun, le Mali, le Sénégal et le Ghana.

La Proparco vient de bénéficier d’une augmentation de capital de 300 millions d’euros, avec des actionnaires publics et privés de France, d’Europe, de Méditerranée et d’Afrique, d’où 100 millions ont été versés par les banques françaises qui y sont installées. Elle va doubler ses engagements dans toutes ses zones d’action et notamment en Afrique (54 % au sud du Sahara). Elle devrait ainsi contribuer à canaliser plus de deux milliards d’euros par an au profit du secteur privé. Elle accompagnera les banques commerciales sur des projets d’entreprises de qualité, en prenant en charge le surcoût de risque, qui dépasse celui qu’elles assument normalement. Elle veut aussi diversifier au maximum la gamme d’instruments financiers disponibles, tels qu’on les trouve dans les autres régions du monde, en aidant à l’existence de la chaîne complète des opérateurs nécessaires.

Le secteur privé en Afrique semble donc évoluer sur deux plans. Il prend parti dans un domaine délicat, la corruption, et il s’ouvre au monde, par le biais de la diversification des procédés de financement.■

Robert Ginésy