Des perspectives pour les transports et l'énergie

Tout le monde considère que le développement de l’Afrique passe, entre autres facteurs, par davantage de relations techniques entre les pays : ce sont les interconnexions routières, ferroviaires et électriques. Ces infrastructures étaient l’objectif essentiel du « Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique » (NEPAD) lancé en 2001. Sur le terrain il y a eu peu de réalisations et les dirigeants des cinq Etats (Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Nigeria, Sénégal) initiateurs du projet, en ont pris acte le 15 avril à Dakar. Ils souhaitent accélérer le processus d’intégration à l’Union Africaine pour réduire les frais.

Les chemins de fer

Depuis longtemps les multiples projets de chemins de fer sont restés sans suite, faute de financement. Des espoirs seraient-ils apparus ? En effet, le 21 mai, les ministres des transports et des infrastructures de la Communauté des Etats sahélo-sahéliens (Cen-sad, 27 pays) se sont réunis à Cotonou. Ils veulent élaborer une stratégie de financement des projets communautaires qui concernent : l’interconnexion ferroviaire entre les lignes existantes au Bénin, Burkina-Faso, Niger et Togo ; la construction d’une ligne reliant Niger, Tchad et Libye et la réalisation de la route transsaharienne Al-Kaddafi entre le Niger et la Libye en passant par le Soudan et le Mali.

La centrale d’Inga

Alors que les centrales électriques datent des années 1950 / 1960, leur entretien a été souvent défaillant et les investissements nécessaires n’ont pas été réalisés. Seulement 20 % de la population disposent de l’électricité et parfois 6 % en zone rurale. Or il existe un gisement gigantesque en RDC : le barrage d’Inga sur le fleuve Congo, à 250 kilomètres de Kinshasa. Mais cette centrale construite dans les années 70 reste sous-exploitée. Elle fournit 1.800 mégawatts (MW), alors que la puissance pourrait, en principe, atteindre 40.000 MW en 2020. Les travaux de réhabilitation vont commencer. La Société nationale d’électricité de RDC (SNEL) est associée à une société canadienne MagEnergy, qui a déjà déboursé 30 millions de dollars. Elles vont assurer la fiabilisation de la centrale Inga II, la relier à Kinshasa, y rénover et étendre le réseau de distribution et construire une ligne vers Pointe Noire où MagIndustry, maison mère de MagEnergy, a une usine d’exploitation de magnésium. Inga rénové permettra à la capitale de disposer de 75 mégawats contre 40 actuellement. Le projet complet, d’un coût estimé à 495 millions de dollars, sera financé par la Banque africaine de développement (un don de 58 millions de $ a été décidé le 10 avril ), la Banque mondiale, le gouvernement congolais et d’autres bailleurs de fonds. Il servira à l’interconnexion dans la Communauté de développement des pays de l’Afrique australe (SADC) et permettra à Eskom (société d’électricité d’Afrique du Sud) de valoriser les partenariats conclus avec le Mozambique, l’Ouganda, la Zambie et l’Angola.

Par ailleurs les ministres de l’énergie des 14 pays de cette Communauté régionale ont décidé en février d’étudier concrètement les dossiers de financement des projets énergétiques régionaux d’un coût de 5 milliards de $ jusqu’en 2010 (coupe du monde de football) et de 24 milliards à l’horizon 2025.

En Afrique de l’Ouest

Le mythe « Inga » a généré ce qui est actuellement une utopie : apporter le courant, au Nord sur la côte jusqu’au Nigeria et remontant par la RCA et le Soudan vers l’Egypte ; au Sud en Afrique du Sud. Sans attendre, en Afrique de l’Ouest un projet de 200 milliards de francs CFA pour l’interconnexion entre le Burkina-Faso, le Niger, le Nigeria et le Togo, est actuellement soumis aux bailleurs de fonds. Entre Côte d’Ivoire et Mali, les travaux ont démarré. De son côté, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) envisage de proposer en octobre à Abuja un programme pour tout l’Ouest de 16 milliards de $. Quant à l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), elle a lancé en avril un programme d’urgence pour atténuer le déficit énergétique du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie et de la Guinée. Deux centrales ont été louées à Dubaï, deux autres, hydrauliques, de 200 MW au total sont prévues au Mali. Cette effervescence au niveau des Etats et des organismes régionaux intervient opportunément au moment où les institutions financières internationales s’intéressent à nouveau aux infrastructures et où les investisseurs étrangers ont besoin de relations électriques, ferroviaires et routières fiables pour que leurs installations fonctionnent bien et à moindres coûts. Internationaux et privés seraient ainsi mieux disposés à financer qu’au siècle dernier.■

Robert Ginésy

NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans la revue « Marchés Tropicaux et Méditerranéens