On reparle du nucléaire

Depuis quelques mois on constate un renouveau de l’intérêt pour l’uranium et l’industrie nucléaire, malgré les risques encourus.

L’Afrique subsaharienne est actuellement le troisième producteur d’uranium dans le monde, derrière le Canada et l’Australie, mais ne comporte qu’une centrale nucléaire en Afrique du Sud. En Afrique du Nord des réacteurs de recherche existent au Maroc, en Algérie et en Egypte. C’est avec ces pays, plus la Libye, que des accords de partenariat ont été signés fin 2007 par la France.

A la même époque et début 2008, plusieurs États ont manifesté leur intention de lancer ou de développer leur programme nucléaire civil : l’Égypte, la Namibie, la Tanzanie, le Nigeria, l’Afrique du Sud. Lors de sa visite à Pretoria en février, le président de la République était accompagné de plusieurs chefs d’entreprise, dont la présidente d’Areva. Sa société participe à l’appel d’offres pour la construction d’une centrale nucléaire. Elle est le troisième producteur et exploitant mondial (7.000 tonnes sur 34.000) et pourrait porter sa production à 12.000 tonnes, si la fusion avec UtraMin, la société minière sudafricaine, réussit.

Les mines du Niger, de Namibie et d’Afrique du Sud produisent 16 % du total mondial, soit 6.700 tonnes sur 28.000. Elles vont accroître leur production. Une nouvelle mine démarrera en 2009 au Malawi. La RDC projette de réactiver un site abandonné depuis 1960 avec l’appui d’une société britannique ; d’autres sites pourraient l’être avec des prêts chinois. Quant au Niger, il a délivré 29 permis de recherche et d’exploitation à des compagnies chinoises (dont l’une opère déjà), anglo-américaine, sud-africaine, canadienne et russe.

Une énergie propre

Cette envolée du nucléaire civil provient de plusieurs facteurs. Les catastrophes de Three Mile Island au Canada et de Tchernobyl avaient jeté un froid sur son utilisation jusqu’au début du XXIème siècle. Avec le temps la sécurisation des usines s’est fortement améliorée et les contraintes environnementales lui sont favorables. En outre, et surtout, la crainte d’une pénurie mondiale d’énergie est apparue. Dans trente ans, les réserves de pétrole seront épuisées à 84 %, celles de gaz à 64 % et à 25 % seulement pour le charbon, qui n’assure que 40 % de la consommation mondiale. Pour compenser ces raréfactions l’uranium sera présent. Le moment est donc venu de relancer l’exploitation minière et d’envisager les projets de centrales, qui mettent plus de dix ans à entrer en production. C’est ce que signifie la hausse rapide du combustible de 9,5 $ la livre en 2002 à 60 $ fin 2006. Les progrès techniques permettront de réduire les besoins en combustible et des petites centrales de 200 à 250 MW, à l’étude en Chine, les rendront moins onéreuses.

Par ailleurs le nucléaire sert aussi à l’amélioration des plantes. En accélérant leurs mutations naturelles, elles sont mieux protégées et accroissent leur productivité. On peut également éradiquer des espèces d’insectes nuisibles en empêchant leur reproduction par la stérilisation des mâles. Enfin la santé humaine en bénéficie déjà. Vingt-six pays africains ont signé un contrat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique pour développer des programmes spécifiques et former des chercheurs.

Actuellement 436 réacteurs nucléaires fonctionnent, pour 70% dans cinq pays, dans l’ordre, les États-unis, la France, le Japon, l‘Allemagne et la Russie. La Chine dispose de quelques centrales et en projette sept autres pour doubler, voire tripler sa production. L’Inde veut en construire cinq.

Pénurie en Afrique du Sud

La pénurie d’énergie n’est pas seulement une perspective de prévisionnistes. 7. 000 emplois sont menacés dans une mine d’Afrique du Sud, car Eskom lui demande de réduire sa consommation de 10 %. La société nationale d’électricité rechercherait en effet 45 millions de tonnes de charbon sur deux ans, soit le tiers de ses besoins actuels. Mais elle n’en trouvera que la moitié sur place, sans trop réduire les exportations de 70 millions de tonnes. Il faudra donc augmenter la production locale à un coût élevé : 65 millions de dollars pour chaque million de tonnes supplémentaires. De nouvelles centrales thermiques, comme celle que va construire Alstom, sont nécessaires. En outre l’appel à l’importation provoquera une hausse des prix mondiaux déjà élevés, parfois 100 dollars la tonne. L’énergie nucléaire devient donc indispensable.

Ces perspectives inquiètent. Greenpeace et d’autres ONG reprochent à la France son activisme en la matière. En amont de l’extrême danger potentiel que représente l’atome, les modalités de son utilisation ne sont pas réellement garanties. Sans doute les Etats s’engagent-ils à respecter le Traité de non prolifération nucléaire, mais l’exemple de l’Iran montre combien il est difficile de contrôler le développement industriel du nucléaire civil dans son évolution vers le militaire. On peut toutefois penser que la dissémination des sites en Europe, en Amérique, en Asie et aussi en Afrique assurera un certain équilibre protecteur de dérives éventuelles.■

Robert Ginésy

NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux et Méditerranéens »