LA PAGE ECONOMIQUE

Le Coton

Le mois de Février 2008 a mis le coton africain dans l’actualité tant à Paris qu’à Bamako.

Le 30 Janvier le ministère français de l’Economie annonçait la cession de gré à gré de la part de l’Etat (64,7 %) dans le capital de Dagris S.A., successeur de la CFDT (Compagnie française pour le développement des fibres textiles), responsable de la production cotonnière dans l’Afrique de l’Ouest après les indépendances. 14% du capital a été transféré à l’Agence Française de Développement (AFD) à destination des dix filiales et des dix huit autres sociétés partenaires de Dagris pour renforcer leurs fonds propres.

Dagris

L’essentiel, 51 %, a été acquis par Advens Géocoton Holding, qui appartient à Abbas Jaber (51 %) et CMA - CGM (49 %). Jaber, proche de Karim Wade, fils du président, a déjà renfloué la Société de commercialisation des oléagineux sénégalais (SONACOS) qui, sous le nouveau nom de SUNEOR, refait des bénéfices et va recommencer à exporter. Il est aussi majoritaire dans Transrail, qui exploite le chemin de fer Dakar - Bamako. Quant à CMA - CGM c’est le deuxième transporteur maritime, après Maersk, assurant les relations de l’Afrique avec l’Europe et l’Asie, région qui représente déjà 55 % de son trafic. La compagnie s’intéresse aussi au port de Dakar, dont la gestion vient d’être attribuée à un groupe des Emirats Unis DP World, et dans lequel, associé avec Bolloré, ancien gestionnaire, elle voudrait avoir une place. Le successeur de Dagris doit éponger le passif de l’entreprise et des sociétés cotonnières affiliées. Il veut se recentrer sur l’Afrique, abandonner les activités en Afghanistan et Ouzbékistan et peut-être au Brésil. Il veut associer davantage les paysans et développer les crédits de campagne pour qu’ils augmentent leur production et leur rémunération. Il envisage de rationaliser le processus industriel dans les divers Etats et faciliter l’écoulement du coton avec la construction d’une plate-forme de stockage au port de Dakar. Il pense aussi aux produits dérivés, tels que l’huile et le tourteau, en vue d’orienter une partie de la production vers les biocarburants.

Il acquiert un ensemble qui, durant la campagne 2006 / 2007, a produit 635.000 tonnes de fibres sur un volume africain de 855.000 tonnes, par rapport à un total mondial dépassant les 20 millions de tonnes. 16 millions de personnes vivent, directement ou indirectement du coton, qui représente 60 % des recettes d’exportation du Burkina Faso, 30 % de celles du Togo ou encore 28 % au Mali. Mais la baisse des prix se fait sentir depuis plusieurs années. Le revenu brut annuel de la filière en Afrique francophone est passé de 790 millions de dollars en 2005 à 505 millions en 2007. Et pourtant son prix de revient, d’après l’International Cotton Advisory Commitee, est de 1,32 dollar le kilo contre 1,37 en Australie et 1,48 aux Etats-Unis dont les producteurs bénéficient de subventions à hauteur de 4 milliards de CFA (263 millions d’euros). 

Bamako

Le Comité directeur de l’Association cotonnière africaine (ACA) s’est réuni à Bamako les 19 et 20 Février pour préparer l’assemblée générale qui se tiendra à Lusaka du 13 au 15 Mars.

Dix directeurs des plus grandes sociétés cotonnières africaines, d’Egypte au Tchad, étaient présents. La crise du coton africain tient à de multiples facteurs : les prix du marché, les aléas climatiques, les subventions des pays occidentaux, la baisse de fertilité des sols, le taux de change euro - dollar, le renchérissement du coût des intrants..... En contrepartie : le coton peut bénéficier de la hausse de toutes les matières premières; les cours élevés du pétrole lui offrent une occasion de concurrencer les fibres synthétiques; il peut aussi profiter de la tendance des producteurs américains à préférer les biocarburants plus rémunéra- teurs. Enfin, si les estimations d’une baisse de la production mondiale se vérifient, les cours augmenteront.

Néanmoins considérant que les problèmes du coton africain ne trouveront pas de solutions sans l’appui des leaders politiques, les membres de l’ACA ont sollicité le président du Mali, Amadou Toumani Touré, qui les a assurés de son soutien. Il proposera à l’UEMOA (Union économique et monétaire de l’Afrique Occidentale) de créer un cadre de concertation dédié exclusivement au coton.

Advens, la nouvelle structure de coordination des productions cotonnières ouest africaines, se trouve ainsi favorisée par la conjonction, d’une part de certains éléments du marché international et d’une prise de conscience des politiques, d’autre part des caractéristiques propres à cette société. En effet, présente dans la production et l’exportation agroalimentaires, maîtrisant les flux logistiques (rail, port, bateaux) elle apporte des atouts susceptibles de promouvoir efficacement ce secteur de l’agriculture africaine.■

Robert Ginésy