LA PAGE ECONOMIQUE 106

La croissance attire les capitaux étrangers

Le 9 janvier, la Banque Mondiale a publié son rapport sur les perspectives économiques mondiales en 2008. Il fait d’abord le point sur la croissance 2007. Pour la planète elle a été de 3,6 % après 3,9 % en 2006 et on prévoit 3,3 % en 2008, mais seulement 2,2 % dans les pays à revenu élevé, tels que la France. En Afrique subsaharienne elle fut de 6,1 % contre 5,7 en 2006 et on prévoit 6,5 en 2008.

C’est la plus forte augmentation depuis trente ans. Elle est inégalement répartie entre les pays. En 2007 ceux exportateurs de pétrole ont atteint 8,1 % contre 5,3 pour les importateurs. Parmi les Etats sans pétrole, la Tanzanie a fait 7,1 contre 6,3 en 2006 et le Kenya 6,3 contre 6,1 en 2006. Ceux de la zone CFA sont les moins bons : à peine 4 %. La richesse par habitant de 3.000 « Dollar international » (unité de mesure alignée sur le niveau des prix aux USA) est deux fois moins importante qu’en Asie et dix fois moins que dans les pays développés. Ces résultats sont dus à la croissance de la consommation publique de 6 à 7 % par an de 2006 à 2007 et de la consommation privée (éducation, santé, logement) qui a progressé de 10 à 12 % durant ces deux années.

L’informel

Ces statistiques ne tiennent pas compte de l’« informel », qui est une part non négligeable de l’activité dans tous les pays et qui est majeur dans les pays en développement. L’économie informelle a fait l’objet d’une étude publiée en 2006 sous l’égide de la Banque Mondiale, portant sur 110 pays dont 24 en Afrique. Cette économie souterraine ou inconnue n’entre pas dans les statistiques onusiennes, alors qu’elle est fondamentale. En Afrique, on l’appelle souvent « économie populaire » car elle fait vivre la population. Elle couvre le secteur légal non déclaré fiscalement (travail, salaires, revenus) et le secteur clandestin (drogue, prostitution, fraude, jeux d‘argent, etc...). Elle ne peut être quantifiée formellement, mais on arrive à estimer des ordres de grandeur par la consommation d‘électricité ou la demande de monnaie. L’informel est d’ailleurs officiellement retenu, puisqu’en 1987 l’Italie a majoré de 15 % son PIB (141 milliards de dollars), en 2005 la Chine a fait de même en majorant son PIB de 17 % (288 milliards de dollars), puis en 2006 la Grèce avec 25 % de majoration (55 milliards de dollars). Il est évalué à 9 % en Suisse et aux Etats Unis, à 15-16 % en France et en Allemagne. En Afrique la moyenne est de 42 % avec des extrêmes à 58 % au Zimbabwe et en Tanzanie et 28 % en Afrique du Sud. Tous ces chiffres font apparaître un ralentissement de la croissance mondiale, qui résulte de la diminution de l’activité en Occident, diminution heureusement limitée par les besoins d’importations des pays émergents et des PVD en général. Dans ce contexte, l’Afrique subsaharienne a toute sa place. Les Investissements Directs Etrangers (IDE) devraient avoir dépassé les 20 milliards de dollars en 2007. Ils sont présents notamment dans les infrastructures (voir Lettre 105), les télécoms, le tourisme et la banque.

Les banques

Secteur sinistré il y a quelques années, les banques africaines reprennent de la couleur. Elles sont caractérisées par des surliquidités, qui attirent les banques internationales, car elles peuvent les utiliser pour investir sur les marchés étrangers. Une façon d’être présent dans la mondialisation. Les banques de réseaux à capitaux majoritairement africains se sont d’abord développées en Afrique de l’Ouest et s’intéressent maintenant au reste du continent. Les opérations de rachat ou de prises de participations se multiplient. La plus spectaculaire a été l’entrée de la première banque chinoise, Industrial and Commercial Bank of China, dans le capital de la plus grande banque sud-africaine, la Standard Bank, à hauteur de 20 % pour 5,6 milliards de dollars. La Compagnie Bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO), première banque sénégalaise et l’une des deux premières de la zone de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), a été rachetée par un groupe marocain déjà propriétaire d’une autre banque sénégalaise. Une autre banque marocaine est entrée dans le capital de Bank of Africa. Par ailleurs, Ecobank créée au Togo dans les années 90, étend son réseau sur une vingtaine de pays. La palme de l’investissement étranger appartient au Nigeria où 5,6 milliards de dollars ont été injectés en un an dans sept banques locales. Ces considérations de macroéconomie ne se traduisent pas immédiatement dans le quotidien des Africains. Il faut attendre que les responsables politiques et économiques tirent les conséquences de ces éléments favorables pour améliorer le niveau de vie des populations. ■

Robert Ginésy 

NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l’hebdomadaire "Marchés Tropicaux et Méditerranéens".