LA PAGE ECONOMIQUE 105

Les infrastructures à l'ordre du jour

Deux institutions, l’une onusienne, l’autre européenne, ont redonné aux infrastructures africaines une place de choix dans leurs missions.

Le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) basé à Vienne, reconnaît “qu’il y a quinze ans, l’erreur a été d’arrêter le financement des infrastructures..... Une nouvelle orientation apparaît aujourd’hui dans les activités des Banques de développement: Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, Banque Islamique de Développement. Elles ont décidé d’investir dans les infrastructures.” Selon lui la “vente à l’étranger des produits de base n’a pas apporté le développement. Les pays qui ont su profiter de la mondialisation sont ceux qui ont ajouté de la valeur à leurs productions” Il faut, tant que les cours des matières premières sont élevés, notamment pour le pétrole, utiliser ces recettes pour les infrastructures, c’est particulièrement vrai au Gabon, au Tchad, au Congo Brazza. “Il faut faire comprendre aux pays producteurs qu’ils doivent promouvoir le secteur privé dans le cadre de la planification du développement”. C’est lui qui assurera la production de biens manufacturés, c’est-à-dire l’industrialisation, source de croissance du PIB. L’ONUDI peut apporter aux gouvernements, informations, expertises, voire crédits, pour les aider dans cette voie.

LES ROUTES

De son côté, le Centre de développement des entreprises (CED), institution du groupe ACP et de l’Union Européenne, va dans le même sens. Il s’intéresse aux PME et veut désormais les aider à être au niveau comme sous- traitants des sociétés internationales auxquelles sont attribués les marchés d’infrastructures. Ce secteur couvre la construction, l’entretien ou la réhabilitation des routes, les aménagements d’aéroports, le forage et l’adduction d’eau, la ré- alisation de centrales et la distribution d’énergie. Les PME locales ne sont pas partie prenante de ces adjudications, car elles ne sont pas formées aux techniques de préparation des appels d’offre. Le CDE peut intervenir, en accord avec les bailleurs de fonds, pour aider à constituer des “noyaux durs” de PME compétitives. En 2008 un programme touchant le Burkina Faso, le Cameroun, la Tanzanie, Madagascar vise à professionnaliser les entreprises de maintenance des routes en renforçant leurs capacités techniques et managériales: maîtrise de leur environnement économique, intégration des innovations, amélioration de leur qualification professionnelle, préparation d’études de marché, défense auprès des banques de plans de financement. Elles manquent en effet de trésorerie et font face au taux élevé de prêts bancaires. Renforcées sur les plans technique et financier, elles seront éligibles par les grandes entreprises comme sous-traitants dans la réalisation des marchés; d’ores et déjà le CDE intervient auprès d’une vingtaine d’entreprises par an et par pays, généralement sous forme de subventions, à condition que l’entreprise assume un tiers des frais.

Récemment une manifestation de ce regain d’intérêt pour les infrastructures a été la signature d’un protocole d’accord entre le Congo-Brazza et l’Union Européenne portant sur 1,3 milliard CFA pour financer deux projets, l’un sur la santé, l’autre de 650 millions CFA pour des études sur le chemin de fer Congo - Océan et la route Kinkala - Mindouli.

L’ENERGIE

L’énergie était au programme du US - Africa Business Summit, au Cap le 16 novembre. Le continent n’utilise que 7 % de son potentiel hydroélectrique. A cette occasion les Africains ont invité les entreprises américaines à intervenir dans ce domaine, qui comme les autres secteurs des infrastructures conditionne la croissance du PIB. On a parlé d’un couloir énergétique pour faire profiter tout l’Ouest du continent de l’énergie produite par les barrages de la RDC.

Ces objectifs impliquent de forts investissements. Le secteur privé américain a injecté plus de 4,5 milliards de $ en 2005. En 2006, il a été devancé par les Chinois qui, tous secteurs confondus, ont apporté 11,7 milliards de $. Selon le FMI, les IDE (investissements directs étrangers) ont atteint cette année-là 20 milliards de $ orientés à 70 % vers le pétrole, contre 15 seulement en 2001. Les concurrents des Occidentaux ne sont plus seulement la Chine, les pays arabes apparaissent. L’afflux de capitaux devrait faire baisser la pauvreté, mais il obligera les gouvernements à plus de transparence, à contrôler l’inflation et les taux de change.

En effet, au delà des aspects techniques et financiers, le comblement du retard africain dans ce domaine suppose “une bonne gouvernance”, pas de corruption et la structuration des services publics.

Robert Ginésy 

NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l’hebdomadaire “Marchés Tropicaux et Méditerranéens”